Le métier d’ouvreuse peut-être une bénédiction ou une malédiction, mais rarement les deux à la fois. Être invitée à une avant-première des trois premiers épisodes la série "Capitani" est une bénédiction, ne pas pouvoir visionner les autres neuf épisodes dans la foulée vous donne des trépidations…d’impatience.

Dans la forêt près de Manscheid, dans le nord de notre beau pays, le cadavre d’une jeune fille vient d’être découvert par un garde forestier. Le village est en ébullition. Luc Capitani, un enquêteur de police taciturne et originaire du sud, Minettsdapp au fond de l’âme, doit interrompre ses congés pour diriger l’enquête. À ses côtés, deux jeunes flics aussi locaux qu’inexpérimentés. En face de lui, les habitants d’un village où on n’apprécie pas trop les étrangers…et où beaucoup de monde a l’air d’avoir plein de choses à cacher. Bienvenue dans le nord…

© 2019 Samsa Film

Donc, l’ouvreuse a pu découvrir, avec quelques collègues triés sur le tas (ou tarés sur le tri) les trois fois 26 premières minutes de Capitani, la toute première série policière réalisée au Luxembourg, en langue luxembourgeoise, par Christophe Wagner, d’après un concept et une idée de Thierry Faber. Non, mais merci de demander, ce n’est pas un Doudege Wénkel 2.0, loin de là. C’est bien plus méchant que ça, même après trois épisodes. Marie-Amandine n’irait pas jusqu'à dire que Manscheid serait le microcosme du village typique de l’Oesling, elle risquerait de se faire lyncher sur place. Et pourtant, Thierry Faber et ses deux scénaristes-complices n’y sont pas allés de main morte en imaginant cet endroit (heureusement) fictif, où on adore les ragots et les non-dits, où tout le monde ou presque semble avoir un cadavre caché dans sa cave, du linge sale à laver, un truc que personne ne doit savoir, un comportement suspect, un compte à régler, un bébé enterré dans le jardin. Le tout sous le regard bienveillant (encore que) d’un curé de village qui aime invoquer le Tout-Puissant à chaque occasion, en compagnie de l’une ou autre Sainte Nitouche à qui l’ouvreuse ne donnerait certainement pas le Bon Dieu en confession.

Comment Marie-Amandine sait-elle tout ça après trois épisodes? Le fait est qu’elle ne le sait pas, ou pas encore. Mais elle a des suspicions, des doutes, elle aussi a entendu les ragots et les on-dit, elle n’aime pas du tout l’attitude suspecte du directeur de l’école et elle a vu le bourgmestre du village ôter sa veste de sécurité à un moment où tous les autres enfilaient leurs vestes pour chercher l’autre jeune fille disparue. Marie-Amandine est sûre et certaine qu’il y a plus d’une anguille sous roche. Mais elle ne peut pas vous en dire plus, puisqu'elle ne sait pas. Et elle ne le saura qu’au compte-gouttes, puisque les douze épisodes de la série ne seront diffusés qu’un par un, semaine après semaine, sur RTHell (la bien-nommée) à partir du 1er octobre prochain. Bande de salauds! Pas de binge watching pour l’ouvreuse pour Capitani. Au fait, quel est le terme français pour binge watching ?

On a vu l’ouvreuse grignoter du popcorn fait maison pendant la vision de presse. Elle qui ne grignote jamais du popcorn. C’était sans doute une réaction nerveuse face à ce que votre servante étant en train de découvrir sur les habitants du village, dans la pénombre d’une salle improvisée, où certains employés-maison écoutaient aux portes pour savoir ce qui se tramait vraiment dans la forêt sur les hauts de Manscheid. Oui, l’attente est grande pour ce premier polar saucissonné luxembourgeois, initié par le Film Fund, coproduit par Samsa Film et RTHell, qui devrait enfin faire comprendre au public luxembourgeois que la vie n’est pas faite que de Tatort, Rosenheimcops et autres Polizeiruf. Ici, les cadavres sentent bien le terroir et les suspects encore plus.

Malgré un budget somme tout restreint, Christophe Wagner et ses équipes ont réussi à imprégner leur film-fleuve d’une atmosphère réelle et inquiétante des les premières images, où la forêt, touffue, inquiétante et mythique, devient acteur à part entière, sous le regard bien- (ou malveillant) d’un Dieu omniprésent qui survole le Muttergottesland à bord de son drone céleste.  Ah oui… les autres acteurs ! Cette fois, le pays entier joue vraiment dedans. D’ganzt Land spillt mat !  Luc Schiltz, Sophie Mousel, Jules Werner, Claude de Demo, Jil Devresse, Konstantin Rommelfangen, Brigitte Urhausen, Julie Kieffer, Désirée Nosbusch, Luc Feit, Raoul Schlechter, Marc Limpach, Timo Wagener, Max Gindorff, Pierre Bodry, Joe Dennewald, Roland Gelhausen, Jean-Paul Maes, Jemp Schuster, Nicole Max, Esther Gaspart Michels, Al Ginter, Josiane Peiffer, Michel Tereba, Gabriel Boisante, Anne Klein, Renelde Pierlot, Monique Reuter, Jules Waringo et Matteo Wolf. Ouf, excusez du peu!  Affutez donc vos téléviseurs et vos couteaux…le village des damnés arrive !

Marie-Amandine
Laissée dans le noir