Le premier weekend du Toronto International Film Festival s’achève et, au bout de 21 films, Marie-Amandine est aux anges. On lui raconte plein de belles histoires

Contrairement aux décades canonises et berlinoises, où l’ouvreuse était toujours obligée de suivre les sélections officielles, à Toronto l'Ouvreuse peut se permettre le grand luxe de choisir ses propres programmes. Donc, nul besoin de se faire chier avec des films obscurs en provenance de pays encore plus obscurs, puisque chaque matin, elle fait son marché en choisissant les films qui lui racontent de belles histoires. Des histoires qui, souvent, feront les beaux jours de la programmation hivernale dans nos cinémas luxembourgeois. Et comme chaque année, les histoires sont belles à Toronto.

Comme dans A Beautiful Day In The Neighborhood de Marielle Heller, dans lequel Tom Hanks campe - avec sa maîtrise habituelle – Fred Rogers, un animateur de télévision pour émissions d’enfants, dont la gentillesse et l'empathie légendaires ont influencé des générations d'Américains. Le film pourrait bien valoir une nouvelle nomination aux Oscars à Tom Hanks, qui a même réussi à émouvoir l’ouvreuse aux larmes. Et, parmi d’autres belles choses, le film se permet le luxe d’offrir – chose impossible dans le cinéma américain d'aujourd'hui – une minute de silence absolu en plein milieu d’une histoire feel-good qui donnera une jaunisse aux éternels cyniques.

A Beautiful Day in the Neighborhood / © Sony Pictures Releasing France

Nettement plus sombre dans son approche, Clemency de Chinonye Chukwu évoque la peine de mort aux USA, non pas dans la perspective des victimes, mais dans celle de la gardienne (warden, jouée par Alfre Woodard) de la prison où ces exécutions ont lieu. Une femme courageuse pour qui chaque exécution se transforme en descente aux enfers.

Primé au dernier Festival de Cannes, Il Traditore/Le Traître de Marco Bellocchio (première nord-américaine à Toronto) est une vaste fresque racontant les déboires de la mafia sicilienne face aux investigations du juge Giovanni Falcone. Un film-fleuve de 145 minutes et un réel chef d’œuvre de mise en scène et de direction d’acteurs.

Il Traditore / © 01 Distribution

Venu d’Australie, I am Woman de Unjoo Moon est un bio-pic tout ce qu’il y a de réussi sur Helen Reddy, une chanteuse (australienne) venue faire carrière aux États-Unis dans les années 1960/70, où elle est devenue, à travers ses chansons engagées, une véritable icône du mouvement de libération des femmes. De facture classique, certes, mais une belle histoire vraie quand-même.

Très classique aussi, la comédie dramatique britannique Military Wives de Peter Cattaneo, qui suit un groupe d’épouses de militaires britanniques dont les maris sont partis en Afghanistan et qui tient le temps en formant une chorale féminine. Là-aussi, le sentiment feel-good et l'émotion pure sont au rendez-vous.

Military Wives / © D.R.

Blackbird du réalisateur britannique Roger Michell est une autre tasse de thé, le film racontant l’histoire à la fois émouvante et tristement drôle d’une femme (Susan Sarandon) en train de succomber à une maladie incurable et qui choisit le suicide assisté. Avant de passer à l’acte, elle réunit sa famille autour d’elle une dernière fois. Et c’est justement là que toutes les "histoires" familiales sortent au grand jour et que tout risque de voler en éclats. Blackbird est un drôle de mélodrame extrêmement efficace, où l’on retrouve également Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowska et Rainn Wilson en forme olympique.

Blackbird / © Millenium Films

Autre histoire de famille, écossaise cette fois, A Bump along the Way de Shelly Love est un bijou tout à fait inattendu, dans lequel une femme de 44 ans, qui élève sa fille toute seule, tombe enceinte après une amourette d’une nuit avec un mec de 24 ans. Porté par une actrice magnifique du nom de Bronagh Gallagher, ce film nous a fait pleurer l’ouvreuse, tout en la faisant rigoler comme une dingue.

Ce qui nous amène à la journée de lundi, où Marie-Amandine a perdu les pédales deux fois de suite. D'abord avec Jojo Rabbit de Taika Waititi, présenté en première mondiale. Une folle comédie nazie située à mi-chemin entre The Producers de Mel Brooks et Die Blechtrommel/Le Tambour de Volker Schlöndorff, où le mauvais goût est poussé à l’extrême et où votre servante a faille s’étouffer plusieurs fois, tellement l’humour noir fait de véritables culbutes-arrières ici. Ce film complètement fou du réalisateur de Thor: Ragnarok fera enrager le public en Allemagne et en Autriche, et ne manquera pas de rappeler à tous les petits nazis qui reprennent du poil de la bête un peu partout, à quel point leurs idoles étaient des fous-furieux qu’on aurait dû enfermer illico presto.

Jojo Rabbit / © Twentieth Century Fox

Deuxième pétage de plombs tout de suite après Jojo Rabbit, Knives Out de Ryan Johnson (réalisateur de Star Wars: The Last Jedi) rend un hommage des plus farfelus aux polars tirés de l’œuvre d’Agatha Christie. En poussant la folie jusqu'au bout via une histoire de meurtre très, très, très alambiquée, cette comedy of murder a procuré un énorme éclat de rire au public du TIFF, en offrant des rôles en or à un casting de rêve comprenant Daniel Craig, Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Don Johnson, Toni Collette, Frank Oz et Christopher Plummer.

Knives out / © Metropolitan FilmExport

Honnêtement, au rythme où le festival continue, on aimerait qu’il ne s’arrête pas. Car pour chaque pépite qu’on déguste comme un bon vin, on en loupe deux. Dur, dur, la vie d’une ouvreuse à Toronto.

Marie-Amandine,
Férue de belles histoires