See you later, alligator... in a while, crocodile! C’est avec cette chanson de Bill Haley que commence le générique de fin de "Crawl", le film d’épouvante très mordant d’Alexandre Aja.

On était exactement à deux dans la salle pour la séance de midi. Et heureusement qu'on n'avait pas les pieds dans l’eau, car l'ouvreuse peut vous garantir qu’elle ne serait pas restée en place. Vous savez, à une époque où le jeune public branché n’a plus la moindre idée qui étaient Dracula, Frankenstein, King Kong ou même – ne rigolez pas – Laurel et Hardy, le cinéma d’épouvante s’est mué en des orgies souvent grotesques, où le sang coule à flots, où les tripes se portent à l’extérieur du ventre et où les sentiments les plus bas sont exposés au grand jour, sans la moindre subtilité, sans l’ombre d’un bout d’imagination et sans originalité. Depuis que les "Walking Dead" et zombies associés peuplent grands et petits écrans, les cinéastes se vautrent la plupart du temps dans les abysses les plus profonds du mauvais goût.

Photos: 2919 Ghost House Pictures/Raimi Productions

Certains cinéastes comme Ari Aster (Hereditary, Midsommar) ou Jordan Peele (Get out, Us) s’essaient heureusement à des horreurs plus cérébrales, aux chocs autrement plus subtils, mais les plaisirs coupables, où le spectateur peut vraiment prendre son pied lorsqu'on lui fiche une peur bleue, sont devenus trop rares ces dernières années. La preuve: le tout récent "Godzilla, King of Monsters" était peut-être bien foutu techniquement, mais on se foutait plus ou moins du destin à la fois des monstres et de leurs victimes humaines, parce que le film était mis en scène avec une froideur des plus repoussantes. Et sans le moindre humour… noir.

Le réalisateur français Alexandre Aja ne compte certainement pas parmi les cinéastes de chevet de Marie-Amandine, mais avec "Crawl", il a réussi à la surprendre dans le meilleur sens du terme. "Crawl" est un bébête-show, une série B, du cinéma de quartier, un film d’épouvante où de vrais monstres en chair, en os et en peau de crocodile s’acharnent comme il n’est plus permis sur leurs victimes pendant 88 minutes parmi les plus réjouissantes vécues par l’ouvreuse en 2019. Techniquement parlant, ces crocodiles sont des alligators, des machines à traquer et à tuer performantes, parmi les plus terrifiantes depuis que Spielberg avait lâché le requin Bruce sur tous les baigneurs insouciants autour du globe dans "Jaws". Ne voilà-t-il pas que juste au moment où vous croyiez pouvoir retourner dans l’eau en toute sécurité, Alexandre Aja lâche deux monstres dans la nature qui vous feront rapidement regagner la plage.

Alors "Crawl", de quoi ça parle? L’arrivée d’un puissant ouragan force l’évacuation d’une petite ville côtière en Floride. Haley Keller, une nageuse de compétition, ignore cependant les avertissements, car elle est sans nouvelles de son père qui vit seul dans sa maison au bord des marécages. Parvenue sur les lieux, la jeune femme le trouve grièvement blessé dans le sous-sol de la demeure et tente de le remonter à l’étage, puisque l’eau grimpe à une vitesse fulgurante. Mais, alors qu’elle entame les manœuvres, un énorme alligator s’introduit par une fissure dans les fondations et menace le père et sa fille. Au fil des heures, pris au piège, ils constatent que leur condition devient critique avec la crue des eaux, la présence de bêtes féroces et la force dévastatrice de l’ouragan…

La présence au générique de Sam Rami en tant que coproducteur aurait dû mettre la puce à l’oreille de l’ouvreuse, car l’homme a à son actif quelques-uns des films fantastiques les plus efficaces des 30 dernières années (Evil Dead, Darkman, Drag me to Hell, les trois Spider-Man avec Tobey Maguire). Et même s’il n’est que producteur sur "Crawl", il est évident qu’il a dû mettre la main à la pâte, puisque les "thrills", les moments qui font sursauter le spectateur, ou qui lui nouent la gorge et l’estomac, sont savamment dosés et brillamment amenés. En tant que spectateur prêt à jouer le jeu, on est vraiment pris dans le feu de l’action.

Dommage que le film pèche un peu par la banalité de ses rares dialogues entre un père et sa fille qui s’étaient perdus de vue et qui se retrouvent pour faire face au plus périlleux des périls. Que le film soit peu crédible ne joue aucun rôle dans le plaisir que l’ouvreuse a pris à le savourer. C’est efficace, c’est bien foutu et cela ne veut pas être autre chose qu’un divertissement un peu vicieux sur les bords. C’est un cinéma qui nous vient d’un passé glorieux, quand toutes sortes de monstres se mettaient à pourchasser l’espèce humaine.  Alors l’ouvreuse vous suggère de "see him later, alligator!" Et n’oubliez pas votre ceinture de sauvetage!

Marie-Amandine
Alligâteuse