Ce billet doux aurait dû s'appeler "Il faut sauver le Soldat Fourchette", mais hélas, le titre a déjà été utilisé sur Fatzbukk par une sorte d'usurpateur. On aurait aussi pu utiliser "Saperlifourchette!"

En faisant d’un (ou plutôt de deux) ustensiles de cuisine un des nouveaux jouets/héros de la saga "Toy Story", le légendaire studio d’animation Pixar a pris un sacré risque.  Par les temps qui courent, une fourchette en plastique, une cuiller en bois et un cure pipe, transformés en "spork" (mélange de "spoon" et "fork") par une petite fille un premier jour de maternelle, ne sont pas vraiment des objets politiquement corrects à utiliser à un moment, où le monde entier (sauf Trump) parle recyclage et élimination des couverts à utilisation unique.

Mais avant que notre bien verte Carole ne s’insurge contre Disney et Pixar, il faut qu’elle sache que Picsou ne serait pas Picsou si le recyclage "in house" des objets en question n’avait pas eu lieu. "Forky" ("Fourchette" en français) est donc devenu(e) un jouet à part entière aux yeux de Bonnie, la petite sœur de Andy, qui a fini par hériter de Woody, de Buzz et de tous les autres jouets rencontrés dans les trois premiers volets de "Toy Story".

© 2019 Pixar/Disney

Mais Forky a un complexe d’infériorité – il se considère comme une ordure et n’a qu’une seule idée dans la tête, c’est de retourner aussi vite que possible dans les bacs à ordure pour se retrouver dans une décharge publique. Woody, Buzz et les autres font tout leur possible pour convaincre la fourchette suicidaire qu’elle est devenue un jouet à part entière, actuellement même le jouet favori de Bonnie. Mais rien n’y fait et le jour où Forky disparaît comme une sale ordure, c’est le drame absolu, juste au moment où Bonnie et ses parents partent en vacances à bord d’un mobilhome. Woody doit donc s’aventurer dans un monde hostile aux jouets qui parlent et qui n’en font qu’à leur tête pour retrouver Forky et le faire rentrer au bercail. Mais la tâche est plus ardue qu’il pensait et à un moment, d’autres jouets doivent rejoindre le peloton pour "sauver le soldat Fourchette".

© 2019 Pixar/Disney

Saperlifourchette, les magiciens de chez Pixar ont vraiment de la suite dans les idées. Les cinéphiles sérieux se souviendront qu’un des acteurs dans "Saving Private Ryan" de Steven Spielberg était Tom Hanks qui - dans les quatre "Toy Story" - prête sa voix au cowboy Woody. Dans ce film de guerre légendaire, un peloton de marines américains avait pour mission de retrouver le soldat Ryan pour le faire rentrer au bercail, après que ses trois frères avaient été tués par l’ennemi. Donc, quoi de plus logique que Tom Hanks/Woody forme un peloton de jouets qui devront affronter tous les dangers pour retrouver une fourchette. C'est exactement cette imagination tout à fait dingue qui a toujours fait l’attractivité des films de Pixar, où souvent on va chercher des trouvailles très loin afin de rendre leurs histoires pas seulement amusantes, mais également inventives et profondes.

© 2019 Pixar/Disney

L'ouvreuse doit avouer qu'un quatrième volet de "Toy Story" lui avait fait très peur sur le papier, d'autant plus qu’on se disait que le volet trois avait tout dit et tout raconté. À un moment où même le grand public commence à se lasser des éternelles suites et resucées, pourquoi prendre le risque artistique et financier de se lancer dans la quatrième aventure d'une saga qui dure depuis 1995? Mais Pixar ne serait pas Pixar s’ils n'avaient pas bien préparé leur coup, car entre vous et moi, "Toy Story 4" est une sacrée réussite.

© 2019 Pixar/Disney

Et ça frôle vraiment le génie! Comme d'habitude, il ne faut pas avoir ses yeux dans sa poche en visionnant le film, car il se passe des choses un peu partout dans l'image et dans les dialogues. Les gags visuels abondent, les gags verbaux aussi, mais on n’a jamais l'impression – comme dans d'autres films d’animation – que tout est lourd et bavard, puisque tout est pensé et repensé, écrit et réécrit, avant qu’on ne passe à l’animation.

Des nouveaux personnages viennent s’ajouter à la panoplie, une ancienne amie fait une réapparition miraculeuse, des poupées inquiétantes se mêlent à l’intrigue, des peluches de foire ont soudainement leurs mots à dire, un cascadeur canadien (qui parle avec la voix de Keanu Reeves, deux semaines après l'ignoble "John Wick 3") caracole à travers le film, bref, le plaisir se renouvelle à chaque tournure de scénario. Les gosses se retrouveront partout dans cette histoire folle, mais l’ouvreuse est d’avis que les adultes prendront autant sinon plus de plaisir à plonger tête première dans ce film de (bonne) guerre qui est entré par la grande porte dans le "Top 10 2019" de Marie-Amandine. Et en plus, c’est écologiquement correct, puisque tous les jouets se recyclent d’eux-mêmes. Comme ça, Carole pourra dormir sur ses deux oreilles.

© 2019 Pixar/Disney

Marie-Amandine
Poubelle que jamais