La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Quand une petite fille de 9 ans dit à l’ouvreuse qu’elle est désormais trop vieille pour apprécier le remake de « Aladdin », cela fait très mal. Sniff!

Julie a raison, l’ouvreuse n’est plus très fraîche. En fait, elle est pratiquement périmée. Mais ce que Julie ne sait pas, c’est qu’il n’existe personne au Luxembourg (à part le peintre animalier Marco W., peut-être) qui soit plus friand (et depuis toujours) de tout ce qui touche de près ou de loin à Walt Disney et ses multiples empires. L’ouvreuse a pratiquement tout vu de ce que l’Oncle Walt et ses successeurs ont fabriqué depuis les premiers balbutiements de Oscar Rabbit, de Steamboat Willy et de Blanche-Neige et les Sept Nains. Et une majorité des grands dessins animés et des courts-métrages Disney se retrouve dans la collection privée de Marie-Amandine.

Remake du “Roi Lion” / © 2019 Disney

Votre servante a même avalé la couleuvre quand Disney a commencé à refaire ses classiques animés en live action, puisque les responsables ont apporté un très grand soin à leurs réinterprétations (certes superflues, mais souvent réussies) de Maléfique, Cendrillon, Le Livre de la Jungle, La Belle et la Bête, Le retour de Mary Poppins ou Dumbo. Mais le procédé commence à être trop systématique, on a vraiment l’impression que les créateurs, scénaristes et producteurs chez Disney n’ont plus la moindre once de créativité, puisqu’on nous servira prochainement des resucées en live du Roi Lion, de La Belle et le Clochard, Mulan et – tenez-vous bien – de Blanche-Neige et les Sept Nains. C’est hallucinant !

Grumpy/Grincheux dans “Blanche Neige et les Sept Nains”. / © Disney

Mais pourquoi l’ouvreuse s’est-elle foutue en rogne en revenant de ses vacances méritées ? C’est la faute à Aladdin, l’ignoble resucée mise en scène par Guy Ritchie. Ce film interminable de 130 minutes est le premier des remakes à rater le coche. Le dessin animé de 1992, réalisé par Ron Clements et John Musker était un pur chef d’œuvre d’invention graphique, qui reste gravé dans les mémoires pour deux choses : la prestation merveilleusement allumée du regretté Robin Williams dans le rôle du Génie, et le méchant Vizir Jafar (voix de Jonathan Freeman), qui s’est immédiatement inscrit au panthéon des « vilains » de légende.

Dans le nouveau film, Jafar est joué par Marwan Kanzari, dont la prestation est tellement fade qu’on ne s’intéresse pas une seconde à ses sombres machinations. Il ressemble au mieux à un tigre rachitique auquel on aurait subtilisé son dentier.  Quant au génie joué par Will Smith, il est passablement drôle grâce aux trucages numériques qui désormais rendent tout possible. Mais on est à des années-lumière de l’humour cosmique de Robin Williams. Guy Ritchie met en scène le film de la même façon que ses polars et ses films d’action…il veut épater la galerie à tout prix et son montage s’apparente aux excès stakhanovistes du cinéma d’action contemporain. Les acteurs sont mal dirigés, le scénario est mal écrit et souvent d’une bêtise monumentale, comme au moment de l’arrivée du Prince Anders que l’on aimerait étrangler de ses propres mains. Bref, à part Naomi Scott, qui est ravissante dans le rôle d’une Jasmine farouchement féministe, il n’y a rien à sauver de cette ratatouille technicolorisée qui atteint son orgasme « ritchien » au moment de l’entrée joyeuse du Prince Abu à Agrabah : On dirait Cléopâtre (celui de Mankiewicz) filmé sous l’influence hallucinogènes. Ce qui fonctionne à merveille en animation devient ridicule en live.

L’étoile de la Mort. / © Lucasfilm/Disney

Honnêtement, Disney commence à ressembler à l’Étoile de la Mort vue dans La Guerre des Étoiles. En sortant une de leurs grosses machines – soit Marvel – soit Stars Wars – soit Disney Animation – soit Pixar – soit un remake live par mois, ils écrasent la concurrence avec leurs films de plus en plus uniformes qui ne laissent plus la moindre place à l’imagination, à la créativité ou à l’originalité. Tout a déjà été vu et revu, et souvent en mieux.

Toy Story 4 / © 2019 Pixar/Disney

Tenez, le prochain à nous tomber dessus sera Toy Story 4. Un Pixar, qui sera sans doute génial, mais quand-même…un numéro 4 ! Il rapportera un milliard de dollars à Disney. Qui, en rachetant la Fox et en annonçant sa propre plateforme VOD, se prépare à massacrer Netflix ou Amazon Prime dès la rentrée. Et partout dans le monde. Et de la façon la plus politiquement correcte possible ! L’oncle Picsou s’est désormais transformé en Dark Vador !

Marie-Amandine
Trop vieille, dit-on.