Tout comme le Petit Prince a imploré le pilote de lui dessiner un mouton, l’ouvreuse a depuis toujours demandé aux cinéastes de lui raconter une histoire. Ou même l’Histoire, avec un H majuscule.

L’ouvreuse a toujours détesté les cours d’Histoire au lycée, à tel point qu’elle a même raté un gros examen (de passage) qui a mis fin à ses ambitions un tantinet alambiquées de devenir institutrice. Du coup, la grosse fainéante se retrouvait à l’usine. Et pourtant, grâce à sa passion pour le cinéma, Marie-Amandine a beaucoup appris au cours de ses 66 berges sur l’Histoire du monde, parce des cinéastes plus ou moins talentueux ont souvent mélangé leurs histoires à la grande Histoire. L’Histoire allemande, surtout celle très sombre du Nazisme, fait également partie des histoires que l’ouvreuse a vu à profusion, souvent dans des films internationaux, mais rarement dans des films allemands de qualité, puisque la « Entnazifizierung » (dénazification) avait aussi rayé le nazisme du cinéma ouest-allemand pendant de très longues années. Figurez-vous que le distributeur allemand avait même fait couper toutes les scènes « nazies » de la comédie musicale La mélodie du bonheur/The Sound of Music de Robert Wise, avec Julie Andrews et Christopher Plummer. Oui, vous avez bien lu, en Allemagne le film se terminait avec le mariage de Maria et du baron, juste avant l’entracte. À cette époque, les collines teutonnes n’étaient guère vivantes avec les sons du nazisme. Et on n’apprenait pas grand-chose au cinéma allemand.

DER FALL COLLINI de Marco Kreuzpaintner. / © 2019 Constantin Film

Tout ceci pour vous dire que depuis, les choses ont quand-même changé, à un point tel que dans l’espace de quelques semaines seulement, Marie-Amandine a vu toute une série de films de qualité tournant autour de l’Allemagne pendant les années sombres du nazisme, mais aussi autour de l’après-guerre, où le pays fut saucissonné en deux tranches pour satisfaire les Alliés et surtout l’ogre soviétique. Il arrive même que les Histoires se retrouvent dans la même histoire. Ce n’est pas le cas dans Der Fall Collini de Marco Kreuzpaintner, qui s’intéresse au meurtre, dans un hôtel berlinois, d’un gros ponte nazi par un petit paysan italien. Cette histoire vraie s’intéresse avant tout à une loi allemande votée spécifiquement pour « faire disparaître » le passé nazi des gros fonctionnaires ou industriels. On en apprend des choses au cinéma.

WERK OHNE AUTOR de Florian Henckel von Donnersmarck. / © 2018 Buena Vista International

Dans WERK OHNE AUTOR de Florian Henkel von Donnersmark, sorti dans nos salles fin 2018 et désormais disponible en BluRay, le cinéaste raconte la carrière d’un artiste qui a passé son enfance sous le régime nazi, puis a grandi sous le régime communiste en RDA, pour se retrouver en Allemagne de l’Ouest, où il a fini par faire carrière. Vaguement basé sur la vie de l’artiste Gerhard Richter (qui s’est distancé du film), le cinéaste brasse l’Histoire violente des deux Allemagnes dans un scénario certes un peu fantasmagorique par moments, mais où le spectateur apprend énormément de détails sur ce qui s’est passé des deux côtés depuis les années 1930. Notamment le phénomène de l’euthanasie pratiqué par les bouchers nazis sur des personnes mentalement handicapées y est thématisé avec véhémence. On en apprend des choses au cinéma.

GUNDERMAN de Andreas Dresen. / © 2018 Pandora Film

Restons en RDA pour un moment, puisque lors du Deutscher Filmpreis 2019 de la semaine passée, le film GUNDERMANN de Andreas Dresen a été submergé de 6 « Lolas », dont celui du meilleur film, du meilleur acteur principal et du meilleur scénario. Là-aussi, le film s’intéresse à un personnage ayant réellement existé, le chanteur est-allemand Gerhard Gundermann. Gundermann travaillait dans une mine de charbon à ciel ouvert, écrivait des chansons poétiques et – à ses heures creuses – espionnait ses copains pour le compte de la Stasi. On en apprend des choses au cinéma.

TANNBACH STAFFEL 1 de Alexander Dierbach. / © 2015 ZDF/2019 NETFLIX

Ce qui nous amène à la vraie raison de ce billet doux. Et avant de vous entendre dire « encore Netflix », permettez-mois de préciser que la première saison de TANNBACH (trois fois 95 minutes) est déjà passée sur ZDF, la deuxième chaîne allemande, en 2015. Mais comme l’ouvreuse regarde très peu de télévision, elle avait loupé ce somptueux mélodrame qui, en 2018, a connu une suite de trois nouveaux épisodes. Netflix passe depuis peu les deux saisons en format 4K, et c’est là que Marie-Amandine a découvert ce joyau, dont l’histoire commence, dans le petit village fictif de Tannbach, au moment où la 2e Guerre mondiale se termine. Véritable microcosme de la société allemande sous Hitler, le village et film grouillent en fait de stéréotypes que l’on connaît d’une multitude de films de guerre, mais grâce au talent des scénaristes, le spectateur apprend un véritable fourmillement de détails sur la vie de tous les jours, au moment où le sort des deux futures Allemagnes s’est joué. Tous les thèmes traités par Kreuzpaintner, Von Donnersmark ou Dresen dans leurs films respectifs, se retrouvent dans Tannbach…et bien davantage. On en apprend des choses, sur Netflix.

Marie-Amandine
Férue d’histoires et d’Histoire