Le 4DX est donc arrivé au Kirchberg. Ça bouge, ça buzze, ça virevolte, ça gratouille, ça chatouille et ça mouille. Parfois, ça sent même le croque-monsieur… et ça peut faire mal au dos!

Bob Claeys, le responsable (un peu trop enthousiaste) des nouvelles technologies au sein du groupe Kinepolis l'a dit haut et fort avant de lâcher la bête sur les journalistes: "Le 4DX n’est pas pour tout le monde".  Fortement déconseillé voire même interdit aux femmes enceintes et aux enfants mesurant moins d’un mètre, alors que les gosses jusqu'à 1m20 doivent être accompagnés par un adulte.

Les possibles effets stroboscopiques sont à déconseiller aux épileptiques et si vous souffrez du dos ou du cou, vous ferez mieux de passer votre chemin. Pas de boissons chaudes ni de boissons en gobelets dans la salle et – sage conseil – ne mangez surtout pas votre popcorn ou vos nachos pendant les séquences d’action spectaculaires. Au moment d'écrire ces lignes, l'ouvreuse qui, comme vous le savez, a pratiquement atteint l’âge de Mathusalem, se ressent toujours des 15 minutes de démonstration de ce mercredi. Ou plutôt son dos.

Au début, Marie-Amandine râlait que Avengers: Endgame n’était pas présenté à la presse dans son entièreté, mais après la démo, elle a ravalé ses paroles. Monsieur Bob avait parfaitement raison, le 4DX n’est pas pour tout le monde. L’ouvreuse a donc sagement visionné les trois heures des Avengers dans une salle conventionnelle et en 2D, s’il vous plaît.

Le 4DX est arrivé / © 4DX

Il est certain qu’il existe un public prêt à casquer 16 voire 17 euros pour se faire balancer à gauche et à droite, en haut et en bas pendant 2 ou 3 heures, mais votre servante préfère nettement l'approche traditionnelle, où ça bouge sur l’écran et non dans la salle. Madame imagine néanmoins un film disons "érotique" comme 50 Nuances de Gray projeté dans une salle 4DX – où les multiples guili-guili, les vibrations, l’air chaud soufflé dans votre cou, l’eau qui éclabousse gentiment votre visage et la Smellovision (Odorama en français) pourraient provoquer l’un ou l’autre orgasme involontaire dans la salle.

Cependant, si l’action d’un prochain blockbuster venait à se passer dans des chiottes ou dans les égouts de Vienne, ce serait une autre histoire. Vous voyez que l'imagination de l'ouvreuse est déjà en train de s’envoler sur les ailes du 4DX.

Castle faisait déjà vibrer les fauteuils. / © Eureka Theatre

Tout cela pour vous dire que le 4DX n’est pas vraiment nouveau, c’est juste devenu archi-perfectionné à une époque, où désormais tout est possible, grâce aux ordinateurs, au numérique et aux budgets faramineux que coûtent ces superproductions américaines.  La projection en 3D, qui peut mais ne doit pas nécessairement faire partie de l’expérience 4DX, a connu une petite heure de gloire dans les années 1950, avant d’être redécouverte récemment pour venir gâcher plus d’un bon film.

La "Smellovision" ou "l'Odorama" firent également une brève apparition dans les années 50, souvent pour accompagner des documentaires en "Cinerama", système de projection abandonné plus tard au profit du 70mm ou, plus récemment, de l’IMAX et de la projection laser. Tout a déjà existé avant.

WILLIAM CASTLE L'A FAIT

Pour ce qui est des sièges qui bougent et des trucs qui vous font peur en vous tombant sur la gueule dans une salle de cinéma, il est utile de rappeler le nom du producteur et réalisateur américain William Castle. Véritable maître des films d’épouvante de troisième zone, il se faisait un malin plaisir de foutre une peur bleue à ses spectateurs, soit en installant des vibreurs sous certains sièges (pas tous), soit en faisant s'envoler un véritable squelette sur une corde au-dessus des têtes des spectateurs, au même moment où l’osseux apparaissait sur l’écran.

William Castle, le maître du cinéma-gimmick / © William Castle Productions

L’homme a même offert gratuitement des polices d’assurance valant 1.000 dollars à verser aux familles au cas ou Monsieur ou Madame viendraient à trépasser en pleine projection. Pour d'autres séances, des ouvreuses habillées soit en jaune (couleur de la couardise), soit en infirmières et munies de torches puissantes, se tenaient prêtes dans les salles pour accompagner dehors les gens qui avaient trop peur pour rester jusqu'à la fin.

Et chaque sortie était accompagnée d’un bruit particulier pour pointer du doigt tous ceux qui avaient fait dans leur froc. Tout cela est véridique, l'ouvreuse n’a rien inventé. Mais le cher William Castle est entré dans l’histoire du cinéma sérieux pour un film autrement plus important. Il avait acheté les droits du roman Rosemary’s Baby qu’il voulait réaliser lui-même. Mais la Paramount a préféré engager un certain Roman Polanski pour mettre en scène le film. Au générique, Castle était juste crédité comme producteur. On lui dit donc merci pour ce beau bébé. Et merci aussi pour le 4DX.

Rosemary’s Baby / © Paramount Pictures

Marie-Amandine

Elle rit quand on l’assassine