Les flammes venaient à peine d'embraser la toiture de Notre-Dame de Paris que – déjà – le cynisme le plus abject, le racisme le plus élémentaire, l'intolérance la plus intolérable et la bêtise la plus stupide faisaient leur apparition sur les réseaux sociaux.

Une féministe luxembourgeoise connue se demandait si tout cela était encore une fois la faute des femmes. Un président américain voulait envoyer les Canadair pour bombarder la forêt. Une leader d’un cercle d’étudiants affirmait qu'il ne s’agissait que de pierres et de poutres et que, de toute façon, elle se foutait de l’histoire de France. Un quidam vociféra que l'église catholique puait le fric et qu'elle pourrait se permettre de rebâtir la bicoque illico presto.

D'autres, bien sûr, lançaient les plus folles spéculations et théories dans le genre "attentat islamiste" ou "coup fumant du gouvernement Macron" pour détourner l’attention de ce qui se passe réellement en France. D'autres encore, de la catégorie des connards monumentaux, s'en prenaient aux sapeurs-pompiers de Paris et leur donnaient des leçons "en live" comment maîtriser le feu. Et que dire de ceux qui se moquaient comme des malpropres de ces gens qui chantaient des cantiques face à leur désarroi de voir un monument de leur foi partir en fumée devant leurs yeux.

Anthony Quinn / © Paris Films Productions-Panitalia

Et le lendemain de la catastrophe, la fête des gueux continuait de plus belle sur Internet. Lorsque de gros industriels français ont commencé à annoncer qu'ils débloquaient des sommes faramineuses pour contribuer à la reconstruction de Notre-Dame. Bien sûr, ils ne font ça pas par bonté de cœur, mais cela leur permettra aussi d'économiser encore davantage d'impôts que, de toute façon, ils ne paient pas vraiment. L'argument est valable et tout à fait discutable. Mais l’amalgame qui est fait entre le brasier parisien et la faim dans le monde, les pauvres gilets jaunes en France, Greta et le changement climatique, les cataclysmes naturels, Porto-Rico, Haïti, le Venezuela, les tornades au Texas, les voitures électriques et les calcifs de Donald Trump, devient de plus en plus ridicule.

Lon Chaney / © Universal Pictures

Quand les dirigeants de Disneyland Paris annoncent qu’ils veulent contribuer 5 millions de dollars au fonds de reconstruction de la cathédrale, un premier quidam se dit que 5 millions c’est quand-même très peu face aux 365 millions de recettes nettes que le dessin animé Le Bossu de Notre-Dame aurait jadis rapporté à la maison-mère de Picsou. Et, toujours en première ligne pour mettre ses deux pieds dans la merde, le sénateur républicain américain Ted Cruz se pose sérieusement la question de savoir si une partie des nouveaux vitraux de Notre-Dame ne serait pas dorénavant réservée à des princesses de chez Disney. Le mec devrait écrire des sitcoms… ou des discours pour Trump.

© Walt Disney Productions

Le commentaire le plus juste sur tout ce charabia insupportable et sur le désastre lui-même est venu de Dieu (God) lui-même, qui a son propre compte sur Twitter et qui a résumé la situation en un mot: "Sorry!" (parce que Dieu s'exprime en anglais). Il s’est évidemment excusé pour l’énorme gaffe qu’il a commis à Paris en incinérant son prestigieux temple, mais aussi sur la légion de connards et connasses qu'il a créé à l'image d’Adam et Ève.

L’ouvreuse est et a (presque toujours) été une bouffeuse de curés, un fait qu’elle n'a d’ailleurs jamais caché. Mais elle ne crache pas sur les religions, les croyants ou leurs édifices érigés à grands frais de par le monde. Et si un de ces monuments est menacé de destruction, elle ne le pleure pas comme une quelconque bâtisse catholique, mais comme un prestigieux monument du patrimoine mondial qui part en fumée.

Charles Laughton / © RKO Pictures

Dans des moments comme celui-là, elle est d'avis que le cynisme, l'humour noir, les jeux de mots poltrons et les amalgames qui puent sont intolérables. Au cours de ses nombreux voyages, Marie-Amandine ne rentre que rarement dans les églises, mais elle a vu l'intérieur de Saint-Pierre et celui de la Chapelle Sixtine à Rome, et elle a grimpé – dans sa jeunesse – les escaliers montant au beffroi de Notre Dame. Et à chaque fois qu’elle est à Paris et qu’elle va manger un sandwich au pastrami chez Schwartz au Marais, elle passe par Notre Dame pour admirer ses belles pierres. Et pour voir si les fantômes de Lon Chaney, de Charles Laughton, d’Anthony Quinn et de Quasi sont toujours là pour hanter les Parisiens. Des Parisiens qui n’ont vraiment pas besoin de cynisme par les temps qui courent…

© Walt Disney Productions

Marie-Amandine
Un autre son de cloche