Le groupe Kinepolis étant côté en bourse, la publication des résultats annuels par voie de presse est obligatoire. Au Luxembourg, entre 2018 et 2019, le nombre d’entrées est passé de 1 million à 900.000, une baisse brutale de 11,9%.

Bien évidemment, les recettes des cinémas dépendent d'un grand nombre de facteurs individuels: choix et attractivité des nouveaux films, conditions météorologiques, situation économique, technologies de pointe, qualité de l’accueil, arrivée de nouveaux concurrents (Netflix, Amazon Prime, films dématérialisés), etc. Kinepolis exploite actuellement 95 complexes de cinéma dans le monde qui, en 2018, ont attiré 35,6 millions de spectateurs. Autant dire que Luxembourg n'est guère plus qu'une minuscule goutte d’eau dans un vaste océan.

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Au Luxembourg, lorsque le groupe Utopia a décidé de vendre ses salles, Kinepolis a acquis les trois complexes Kinepolis Kirchberg et Belval… et le Ciné Utopia au Limpertsberg. Et ce sont ces trois complexes qui ont perdu 11,9 % de spectateurs en un an. Il faut savoir que dans le temps (ça remonte à quelques années quand-même), le Kirchberg réunissait à lui seul 1 million de spectateurs par an, alors que l'Utopia, salle art et essai tout à fait indispensable pour la qualité et le choix de films au Luxembourg, a souffert bien évidemment de la concurrence du multiplex au Kirchberg, mais ajoutait néanmoins un beau paquet de spectateurs au résultat du groupe Utopia chaque année.

Extrait du bilan 2018 du groupe Kinepolis

Tout cela a l'air de s'effriter un peu plus d’année en année. Tous les facteurs énumérés plus haut ont évidemment pu contribuer à cet effritement, mais en tant que cinéphile et ancienne utopiste, qui avait – avec 30 copains tout aussi dingues - jadis risqué son fric pour assurer la survie du cinéma de qualité dans ce pays, l'ouvreuse se pose quand-même des questions sur l’efficacité du "système Kinepolis" à s’imposer auprès du public luxembourgeois. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Marie-Amandine pose ces questions.

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Il faut être aveugle pour ne pas remarquer que la présence du personnel d’accueil a baissé substantiellement dans les cinémas au Luxembourg, où la presque totalité des "têtes connues" aux caisses, aux contrôles de tickets et jusque dans la programmation, a disparu. Une des raisons du succès de l’Utopia a toujours été la possibilité de réserver les billets à l’avance par téléphone. Compte tenu d’une présence de personnel archi-réduite au Limpertsberg, le téléphone sonne souvent dans le vide pendant des éternités, ce qui veut aussi dire qu’à l’autre bout du fil, il y a des clients potentiels de plus en plus frustrés.

Et on ne peut pas en vouloir aux membres du personnel qui – la plupart du temps – sont obligés de vendre, de préparer et de servir les tickets, les abonnements, les friandises, les croque-monsieur, les sandwiches, les quiches, les cafés, les thés et autres boissons – avec le sourire ! Et souvent, c’est une seule personne qui doit s’occuper de tout cela. Ah oui, on a aussi vu les projectionnistes préparer les cafés et nettoyer les tables. Au Kirchberg aussi, la caisse est souvent transférée au shop du premier étage, où un/une pauvre employée doit s’occuper de tout. À ce sujet, on peut lire dans le bilan de Kinepolis : "Afin de soutenir notre croissance, nous poursuivons les investissements dans notre capital humain, en recrutant, retenant et développant les talents. L’expérience cinématographique ultime débute et se termine en effet avec les personnes qui lui donnent vie au quotidien, devant ou derrière les écrans."

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Que d’autre? Ah oui. Les bandes annonce parlées en flamand sans sous-titres, où celles sous-titrées uniquement en flamand n’aident pas vraiment, tout comme les augmentations récurrentes des prix du billet. Ok, le confort a augmenté avec les cosy seats et l’arrivée d’un salle Laser-Ultra, mais tout cela n’avait même pas été présenté officiellement à la presse spécialisée. En fait, la presse luxembourgeoise n’a plus vraiment d’interlocuteur chez Kinepolis Luxembourg depuis belle lurette. Cela va changer peut-être la semaine prochaine, puisque nous avons été invités à la présentation de l’inauguration de la salle 4DX au Kirchberg. Où le cinéma sera transformé une fois pour toutes en attraction de foire et où l’on pourra peut-être regarder son film la tête en bas. La boucle sera ainsi bouclée, puisque les premiers films de l’histoire du cinéma furent également présentés dans des tentes à la Schueberfouer.

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Marie-Amandine
Liseuse de bilans