Les 66 berges sont digérées, les nouvelles rides sont botoxées et la mauvaise humeur qui va de pair avec chaque anniversaire est derrière nous. Repassons donc aux choses sérieuses.

Et paf, encore Netflix! Alors que l’Académie des Oscars se fait taper sur les doigts par les régulateurs anti-trust parce que Tonton Spielberg aimerait bien faire exclure Netflix de la prochaine course aux Oscars, alors que même Helen Mirren s’en prend au géant du streaming… et alors que ce même géant du streaming a décidé de ne même pas aller au Festival de Cannes cette année (ses acheteurs de droits y seront, soyez en sûrs), Marie-Amandine continue d’apprécier le service (désormais en UHD 4K, son Atmos, pour certaines productions) en se disant que c’est quand-même bien de pouvoir découvrir des films intéressants le même jour un peu partout dans le monde, films dont aucun autre producteur ou distributeur semble avoir voulu.

Une grosse production réalisée par John Lee Hancock (réalisateur entre autres de The Blind Side, Saving Mr Banks, The Founder), interprétée par Kevin Costner, Woody Harrelson et Kathy Bates, sur les hommes qui ont fini par abattre Clyde Barrow et Bonnie Parker, film au budget de 49 millions de dollars, ça ne se refuse quand-même pas, non? The Highwaymen de John Lee Hancock est disponible sur la plateforme depuis le 29 mars et – même si ce n’est pas un très grand film - son approche historique de tous ces faits divers des années 1930 est très intéressante.

Les Bonnie & Clyde historiques et réels.

Les cinéphiles un peu plus vétustes se souviendront du film Bonnie & Clyde d’Arthur Penn (1967) qui avait fait du couple des personnages-culte (ce qu’ils avaient été, en effet, lors de la Grande Dépression aux USA), sans vraiment montrer le côté cruel de tueurs fous qu’ils étaient vraiment. Le film de Penn avait également créé un phénomène de mode autour du duo, puisque les vêtements portés par Faye Dunaway ont été imités dans la vraie vie par des créateurs de mode et achetés par les jeunes dames.

Faye Dunaway et Warren Beatty dans “Bonnie & Clyde” d'Arthur Penn. / © Warner Bros

Dans The Highwaymen, Bonnie Parker et Clyde Barrow ne sont plus des icônes, mais on les voit plus opérer dans l’ombre, sans qu’on les érige en héros populaires.  Leurs crimes qui étaient souvent d'une cruauté extrême ne sont nullement édulcorés et – s’il est vrai qu’ils étaient des "héros populaires" à une époque où la misère régnait en Amérique et particulièrement dans le "dust bowl" - le film se concentre surtout sur les deux hommes, anciens Texas Rangers, qui furent engagés plus ou moins clandestinement pour débarrasser l’Amérique du fléau "Bonnie & Clyde". À l’époque, les Texas Rangers avaient été dé-commissionnés parce que leurs méthodes étaient considérées comme "trop radicales" et souvent bien en marge des lois. Mais comme le FBI ne parvenait pas à attraper le couple, "Ma" Ferguson (Kathy Bates), gouverneur du Texas, décida malgré elle de rengager les anciens Rangers Frank Hamer (Kevin Costner) et Benjamin Maney Gault (Woody Harrelson) pour mettre fin une fois pour toutes aux méfaits sanglants de Bonnie et Clyde.

Les deux personnages ont réellement existé et dans le film, on les rencontre au moment de leur retraite – ce sont déjà de vieux hommes. Hamer est rangé aux côtés d’une riche épouse, Gault a sombré dans l’alcool et la misère. Ce sont deux héros déchus, passablement cyniques mais pleins de doutes sur le travail – assez crapuleux, il faut le dire - qu’on leur demande de faire, au centre d’une histoire fascinante et sordide, que le réalisateur prend tout son temps (132 minutes) pour raconter.

Woody Harrelson, Kevin Costner / © Netflix

Le film est évidemment un véhicule idéal pour Kevin Costner et Woody Harrelson qui interprètent deux copains de longue date, une sorte de "drôle de vieux couple" qui s’aime et qui se déteste en même temps. Leurs chamailleries, leurs tics, leurs grognements, leur mauvaise humeur et leurs doutes sur la mission sont bien intégrés dans un scénario bien ficelé par John Fusco autour d’un tas d'informations historiques qui avaient jadis fait défaut dans le film-happening brillant d’Arthur Penn. The Highwaymen est donc un film honorable sur lequel il ne faut surtout pas cracher, bien au contraire. Il vaut certainement mieux que beaucoup de séries sur Netflix. Et aurait eu sa place au cinéma! Mais ça c’est une autre histoire!

Kevin Costner dans The Highwaymen / © Netflix

Marie-Amandine
Dévaliseuse de banque