Tout récemment, en parcourant ses archives, l’ouvreuse est tombée sur une lettre méchamment sulfureuse envoyée à la rédaction du Tageblatt, en février 1976. Putain, ça fait plus de 43 ans !

Dans cette lettre vitriolée, que le Tageblatt s’est empressé d’imprimer en ouverture de sa page "Forum des lecteurs", Marie-Amandine s’en prenait violemment à la fois aux patrons de cinéma (des croulants vétustes) et au Luxemburger Wort (auréole par billet de cinéma interposé), à un moment où la rédaction cinéma du "Wort" commençait (enfin!) à perdre son influence néfaste sur le public et sur la programmation des cinémas au Grand-Duché, alors que les Ciné-Clubs et la toute jeune Cinémathèque prouvaient qu’une programmation alternative était possible et même commercialement viable. On connaît le résultat des courses, avec l’essor de la Cinémathèque et l’arrivée des Cinés Utopia dans les années 1980 et des dix salles de l’Utopolis en 1996.

Whatever happened to Baby Jane. / © Warner Bros

Pourquoi l’ouvreuse vous raconte-t-elle tout cela? Certes, pour vous dire qu’elle était déjà vache qui pisse en 1976, mais surtout parce qu’elle se rend compte, une fois de plus, qu’elle n’est pas née de la dernière pluie et que ce samedi, horreur parmi les horreurs, elle passera le cap des 66 ans. Qui dit 66 pense illico presto 666, et c’est ce qu’ont dû se dire tous ceux qui ont été les cibles ou les victimes de la plume vitriolée de votre servante endiablée depuis plus de 45 ans maintenant. À un moment où la Grande Faucheuse est (peut-être) déjà en train de préparer son jeu d’échecs pour proposer un challenge à Marie-Amandine, n’attendez-vous surtout pas à des excuses ou des mea culpa sirupeux. L’ouvreuse restera toujours l’ouvreuse et la seule façon de lui échapper, c’est de ne pas lire ses effusions, élucubrations et autres engueulades. Sinon, nostalgie quand tu nous tiens, il est temps de partager quelques souvenirs diaboliques avec vous.

Psycho. / © Universal Pictures

Saviez-vous que, par exemple, les cinémas luxembourgeois étaient obligés de fermer leurs portes chaque année, pour le Vendredi Saint? Ce n’est qu’au moment où l’ouvreuse et ses compagnons utopistes ont décidé d’outrepasser cette interdiction que les choses ont changé. À l’époque, le Wort et le clergé s’étaient mis dans tous leurs états, allant – honneur suprême - jusqu'à attaquer les utopistes du diable dans un éditorial. 666, je vous dis.

Une autre anecdote, tout aussi dantesque. L’ouvreuse et ses complices avaient repris et retapé le Ciné Marivaux avant l’ouverture du complexe au Kirchberg. Ils avaient fait installer le son DTS au Marivaux et le premier film à être projeté dans ce format était Jurassic Park de Steven Spielberg. Le soir de la première, le propriétaire du Marivaux (qui habitait au-dessus du cinéma) est décédé. Le lendemain après-midi (un samedi), l’ouvreuse supervisait les longues files d’attente dans le hall, quand une porte s’est ouverte sur quatre croque-morts emportant le cercueil de l’infortuné monsieur vers le corbillard garé devant le cinéma. À ce moment digne d’un vrai bon film d’épouvante, un client visiblement choqué demande à l’ouvreuse: "Le film est-il vraiment aussi dur?" 666, je vous dis.

Drag me to Hell. / © Universal Studios

Cela dit, les forces du Bien et du Mal se sont toujours ardemment affrontées autour de l’ouvreuse et de sa bande d’hérétiques impies. Car la punition pour tous leurs méfaits au Marivaux est venue rapidement. Quelques jours après l’épisode jurassique, l’ouvreuse eut un coup de fil très matinal de la femme de ménage au Marivaux: "Muita água, muita água!" Arrivée sur les lieux, Marie-Amandine constatait qu’une conduite d’eau avait éclaté durant la nuit derrière l’écran et que des quantités incroyables de flotte s’étaient déversées dans le Marivaux et surtout dans sa cave, où l’ouvreuse s’est retrouvée dans plus d’un mètre d’eau pour essayer d’arrêter les flots. Une crève monumentale et une facture d’eau plus monumentale encore étaient les conséquences de cette punition divine. Pour une fois, 666 n’avait pas joué en faveur de l’arracheuse de billets.

Au cours de sa longue carrière, Marie-Amandine a rencontré plein de cinéastes et d’acteurs. Oui, elle a même rencontré la mère de Norman Bates sur un tournage de Chabrol. Mais que dire du fait que le jour après avoir découvert Le Rideau déchiré d’Alfred Hitchcock à la télé, l’acteur allemand Wolfgang Kieling, que Paul Newman avait abondamment gazé dans le film, est apparu en chair et en os à l’ouvreuse, devant le siège de l’ARBED à Luxembourg-Ville. 666, je vous dis. Il ne manquait plus que le bébé de Rosemary. Sur ce… Happy birthday to me!

Marie-Amandine
Un pied dans la tombe