Même quand l’ouvreuse est de bonne humeur, elle peut être très vache. Mais quand on la fout en rogne, mieux vaut s’écarter de son chemin. Le "Dies Irae" est arrivé… mais pas celui de Dreyer!

Lundi 11 mars, Kinepolis, Luxfilmfest, 18h30: Soirée "Shorts made in/with Luxembourg". Salle comble. 12 cinéastes plus ou moins jeunes et très anxieux attendent que le fruit de (parfois) plusieurs années de travail soit enfin présenté sur grand écran, dans une ambiance fébrile et dans la salle "prestige" du complexe, projection laser, son Atmos, deux rangées de sièges Cosy, la classe! À part le mec derrière l’ouvreuse qui se gave de chips et de nachos, tout va plus ou moins bien, même si les chips font plus de bruit que le son Atmos. Sans parler des saloperies que le mec laisse sur et sous son fauteuil.

Mais ce soir, l’ouvreuse est magnanime et ne sort pas sa kalachnikov. Elle ne veut pas casser l’atmosphère. Mais déjà, quelque chose foire. Le son sur certains films est aux limites de la cacophonie, malgré le Dolby Atmos (ou à cause du ?). Tous les films auraient été testés le matin même sans le moindre problème. L’ouvreuse veut bien, mais elle a même eu du mal à comprendre tous les dialogues du court-métrage de Claude Kongs, "Seed of Hope", pourtant mixé en Dolby Atmos. Y aurait-il anguille sous roche? Puis, au moment de lancer "Alice" de Noah Rosa et Ganaël Dumreicher-Ivanceanu, tout part en vrille. On a le son, mais pas l’image. Les conférenciers dans la salle essaient désespérément d’entrer en contact avec la cabine de projection, mais c’est peine perdue. Le grand silence. High Anxiety.

© Cinema Paradiso / Les Films Ariane

Le jeune cinéaste et sa productrice commencent à paniquer. Le DCP (la copie du film) a fonctionné au labo, elle aurait fonctionné le matin lors des tests, et là, tout d’un coup, c’est la débâcle. Bon, se disent les organisateurs, on va boire une Jupiler pendant l’entracte et tout sera réglé dans 30 minutes. Ma Quetschen och! Au retour des valeureux spectateurs dans la salle, on essaie de lancer le prochain court-métrage. Et paf, même scénario, même désastre. (On apprendra bien plus tard que le serveur numérique du cinéma s’était planté.) Toujours est-il qu’à ce moment, l’ouvreuse a pété un plomb, a embarqué sa meilleure moitié et est sortie de la salle, furibonde. Elle n’a donc pas vu la moitié des courts-métrages du millésime 2019… du moins pas sur grand écran, puisqu'elle en avait sous-titré deux. On lui a dit plus tard que la soirée s’est terminée vers minuit, alors que la fin était prévue pour 23h15. Une nuit des longs couteaux, donc.

© A Night to remember @ The Rank Organisation

Des pannes techniques au ciné, ça peut arriver, même aux moments les plus inopportuns, on est bien d’accord. Encore que… Le lendemain, Marie-Amandine s’était calmée et elle voulait voir "Captain Marvel" à la séance de midi, dans le même cinéma, mais pas la même salle. Le film démarre. On a l’image. Et le son. Mais ce n’est pas le son du film, puisqu'un chanteur raconte une connerie sur "Mexican Lucky". 5 minutes, 10 minutes de musique d’ambiance sur images "Captain Marvel".

Marie-Amandine pète encore un plomb (il lui en reste très peu). Elle s’informe près d’une "responsable". On essaie de régler le problème… 10 minutes plus tard. Maintenant, c’est "Despacito" qui passe sur les images, ou un truc du même genre. Nouvelle enquête auprès de la "responsable". On regrette Madame, on ne peut rien faire jusque 13 heures. Quand le projectionniste arrive! Putain de bordel de merde de mes deux! Au Kiné, ce sont donc désormais les ouvreuses qui lancent les films? Et gare la Box si quelque chose va de travers. L’ouvreuse (la vraie) s’était tapé 25 km en bagnole pour aller voir un film (avec image et son, svp) et elle se retape 25 km en bagnole pour rentrer chez elle. Gutt geschafft !

© Foresight Unlimited

Honnêtement Kiné, que se passe-t-il? Vous investissez des fortunes dans la technique, le son, les cosy seats et le cinéma qui bouge et qui pue, et vous vous débarrassez de votre personnel à gauche et à droite pour faire des économies. Pas de projectionniste dans la cabine à midi alors que plusieurs salles tournent? Qu’en disent les pompiers?

De moins en moins de personnel pour vendre ou vérifier les tickets, personne pour répondre au téléphone des réservations à Utopia, nettoyage des salles défaillant entre les séances, une seule personne à Utopia pour s’occuper du bar, du café, des sandwiches et de la vente des tickets, alors que souvent, l’affluence est grande. Tout cela ne signifie rien de bon.

Et depuis que Pit à la programmation est parti (another one bites the dust), la presse n’a plus d’interlocuteur du tout. Et d’autres employés de longue date sont sur le point de partir. À ce rythme-là, vous allez droit dans le mur, Messieurs les empereurs du cinéma! Et ne croyez surtout pas que les gens ne remarquent pas que tout fout le camp! Godverdomme! Sur ce, une bonne Jupiler! Dans mon home cinéma ! Tandis qu’à Utopia, le téléphone sonne dans le vide…

Marie-Amandine
Grumpy old bitch