Depuis qu’elle a pris sa retraite, Marie-Amandine est devenue à la fois cigale et fourmi. Cigale, parce qu’elle bosse un peu moins ces jours-ci, fourmi parce qu’elle accumule. Explications…

Suite à la cinéphilie galopante d’une grand-mère qui se tapait un minimum de quatre films par semaine, l’ouvreuse a vu son premier film en avril 1958, à l'âge de 5 ans et un mois. Et non, ce n’était pas un Walt Disney, mais un film chanté et dansé allemand avec Germaine Damar, Die Beine von Dolores/Les jambes de Dolorès.

La grand-mère en question a ainsi semé les premières graines d'une passion qui, depuis ce jour fatidique au Ciné Lutetia de Dudelange, s’est transformée en véritable obsession que d'aucuns ne manqueront pas d’appeler folie, ou même folie des grandeurs. Durant les 45 ans où Madame sévissait dans les boulots les plus divers – ouvrière d’usine, critique de cinéma, banquière, courtière en devises, directrice de cinéma, comptable, propriétaire de magasin, journaliste, traductrice, sous-titreuse et bonne à tout faire – le cinéma passait toujours avant toute autre chose. Même si Madame n’a jamais eu le moindre diplôme de fin d’études ou degré d’université, son amour du cinoche (en v.o. sous-titrée, bien évidemment) lui a procuré une grande facilité pour les langues et une culture générale disons plutôt poussée. Un slogan a traversé la vie de l’ouvreuse comme un fil rouge depuis 1958 et les jambes de Mamzelle Damar: "Oui, il y a un film pour tout!"

Cinéphile dingue est également synonyme de collectionneuse folle à lier. Si Madame ne s’est jamais intéressée à collectionner des cassettes vidéo, parce que les copies étaient merdiques et la plupart du temps dans un mauvais format, l’avènement du Laserdisc, puis du DVD et du BluRay a donné un véritable coup de fouet à la petite fourmi, qui a commencé à engranger des films sur ces différents formats dès l’apparition des premiers lecteurs, qu’elle a souvent importé des États Unis.

Aujourd'hui, sa filmographie personnelle comporte près de 10.000 unités – on trouve dans les antres de Marie-Amandine pratiquement tous les chefs d'œuvre jamais produits par le cinéma international, mais aussi une ribambelle de films populaires et - parfois, oui – ce que d’aucuns considèrent comme les pires navets de l'histoire. Du moment que ça bouge sur un écran, il y a de fortes chances que ça se retrouve sur les étagères de l’ouvreuse, qui tient à remercier sa meilleure moitié pour avoir partagé sa folle passion depuis bientôt 44 ans… de bonheur.

Nul besoin de préciser que la collection ne s’arrête pas là. Affiches et photos de cinéma, autographes signés par quelques-uns des plus grands cinéastes ou acteurs, bouquins, celluloïds d'animation, figurines et toutes sortes de bibelots de cinoche ornent la maison de votre servante, une maison qui au fil du temps s’est transformée en véritable musée du septième art. Précisons quand-même, au cas où quelqu'un manifesterait une quelconque mauvaise intention, que le système d’alarme de la maison de l’ouvreuse est d’origine israélienne.

À une époque, où la dématérialisation du cinéma avance à pas de géant via Netflix, Amazon Prime, iTunes et beaucoup d’autres, alors que les magasins de DVD disparaissent à vue d’œil et que des œuvres resplendissantes comme "Roma" ou "The Ballad Of Buster Scruggs" risquent de ne jamais paraître en DVD ou BluRay, le fait d’avoir tout le panthéon du septième art à sa disposition chez soi, n’est quand-même pas mal pour la tranquillité d’esprit de Madame l’ouvreuse. Si demain, elle a envie de regarder un Leni Riefenstahl, un Howard Hawks ou un Jean Renoir chez elle, elle n’a qu’à retrouver le film dans sa vaste collection. Et au bout de 5 minutes, ça roule, ma poule!

Marie-Amandine,
Cigale fourmillante