Culte chez les amateurs de jeux vidéo indépendants, "Dwarf Fortress" est disponible à l'achat sur la boutique en ligne Steam depuis décembre, une première

Ce jeu de gestion en temps réel, dont l'action se déroule dans un univers médiéval-fantastique et qui consiste à superviser un groupe de nains cherchant à bâtir une puissante forteresse, s'est hissé à la quatrième place des meilleures ventes hebdomadaires sur Steam.

Pour l'occasion, il s'est offert un lifting complet avec une nouvelle interface graphique et une bande-son originale, délaissant son style austère, susceptible de rebuter des joueurs moins aguerris.

"C'est génial de voir que beaucoup plus de monde peut y jouer", se réjouit Tarn Adams, co-créateur avec son frère Zach de "Dwarf Fortress" via leur studio Bay 12 Games.

Les plus nostalgiques auront toujours la possibilité de jouer à la version d'origine, sans musique et dans laquelle les personnages, les objets et les décors sont représentés par des touches du clavier.

Pour les deux frères, qui résident à Poulsbo, à l'ouest de Seattle (Washington), la commercialisation du jeu n'était pas une évidence.

"Je suis tombé malade", raconte Zach Adams. "J'avais une assurance médicale (grâce à son épouse, NDLR), qui m'a permis de payer mes soins de santé, mais pas Tarn."

Le coût exorbitant d'une éventuelle hospitalisation de Tarn aux Etats-Unis a fait prendre conscience aux frères Adams, qui se rémunéraient jusqu'alors grâce aux dons de leurs fans, de la nécessité de monétiser leur création.

La nouvelle mouture de "Dwarf Fortress", disponible pour 29 euros, a reçu un accueil enthousiaste du public, comme en témoignent les nombreuses évaluations positives sur Steam.

"Le cœur du jeu n'a pas changé, mais il est beaucoup plus accessible et ergonomique", souligne l'un des commentateurs de la plateforme de téléchargement. "Je conseille vivement, pour les anciens joueurs comme pour ceux qui voudraient débuter!"

"MARRANT DE PERDRE"

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Le logo de Bay 12 Games, le studio des frères Adams derrière "Dwarf Fortress" / © AFP

La singularité de "Dwarf Fortress" tient autant à sa complexité qu'à la richesse et la profondeur de ses univers, générés aléatoirement et offrant un nombre quasi infini de possibilités.

"C'est un peu comme si vous ouvriez un livre d'histoire et que vous vous retrouviez plongés à l'intérieur", décrit le blogueur néo-zélandais Peter Tyson, auteur d'un ouvrage sur le jeu en 2012.

"Vos actions sont importantes, mais ce n'est pas comme si vous étiez la personne la plus importante au monde", ajoute-t-il.

Les choix du joueur n'ont en effet qu'une influence marginale sur le déroulement d'une partie et le développement de la forteresse, presque inexorablement vouée à être détruite par des ennemis, qu'il s'agisse de cyclopes, de dragons ou d'araignées géantes.

L'objectif n'est donc pas tant la victoire finale que la myriade d'événements pouvant conduire à l'échec. Le slogan "Losing is fun" ("C'est marrant de perdre") est d'ailleurs devenu au fil des ans très populaire chez les joueurs.

L'humour est omniprésent, donnant lieu à des situations souvent cocasses.

"Si des gobelins envahissent votre forteresse, vous pouvez tirer un levier pour créer une inondation et les noyer", illustre Tarn Adams. "Vous pouvez ensuite tirer un autre levier qui ouvrira des trappes les faisant tomber dans la zone d'élimination des gobelins".

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La version payante de "Dwarf Fortress" bénéficie d'une toute nouvelle interface graphique et d'une bande-son originale / © AFP

"Les joueurs peuvent laisser libre cours à leur imagination pour décider comment ils veulent affronter les divers problèmes et les menaces", résume le développeur.

"PROJET EN COURS"

Précurseur en bien des domaines, "Dwarf Fortress" a eu un impact considérable dans le monde du jeu vidéo, inspirant des succès planétaires comme Minecraft ou RimWorld.

Le jeu a également été choisi en 2012 pour figurer dans la collection permanente du Museum of Modern Art (MoMa) de New York aux côtés de classiques comme "Pac-Man" ou "Tetris".

Ses créateurs sont pour leur part toujours à pied d'oeuvre pour continuer de l'enrichir.

"Le jeu est sorti mais il n'est pas terminé", assure Zach Adams.

"Nous sommes plus ou moins à mi-chemin. Nous n'allons pas simplement passer à autre chose. C'est un projet en cours", confie-t-il.