Créée l'an dernier, l'équipe d'e-sport luxembourgeoise "Team Game Changer" compte attirer les meilleurs jeunes joueurs de jeux vidéo du pays et d'ailleurs.

La scène e-sport luxembourgeoise se construit petit à petit. Depuis juin 2020, elle est encadrée par une fédération, la Luxembourg Esports Federation (LESF). Des clubs émergent, comme "4Elements Esports", fruit d'une fusion avec une équipe de premier plan aux Pays-Bas et en Belgique, ou la "Rams", équipe désormais internationale née l'an dernier, spécialisée dans les jeux vidéo bien connus que sont Fortnite, Call of Duty ou Fifa.

Dans l'ombre de ces grosses structures, des petites équipes cherchent à exister. C'est le cas de la "Team Game Changer", nouveau club luxembourgeois créé lui aussi en 2020, en pleine année du covid-19. Il compte une quinzaine de joueurs et se concentre sur trois jeux vidéo: Fifa (simulation de football), League of Legends ("LoL", jeu de bataille en arène) et Counter-Strike: Global Offensive ("CSGO", jeu de tir).

DÉMOCRATISER L'E-SPORT ET CHANGER L'IMAGE DU JEU VIDÉO AU LUXEMBOURG

Au sein de cette jeune structure, Yann Miller est manager général. Son but est de dénicher les nouveaux talents au Luxembourg mais aussi à l'étranger, où l'e-sport est bien plus développé. Cela passe souvent par les réseaux sociaux. "On a des joueurs de 20 ans, mais on veut surtout permettre aux plus jeunes de se faire un nom sur la scène e-sport" souligne t-il.

Ce qu'il constate, d'ailleurs, c'est que le jeu vidéo n'est pas encore pris très au sérieux au Luxembourg, où les parents ont tendance à se montrer récalcitrant au moment d'autoriser leur progéniture à signer un contrat avec un club du pays. "On a par exemple été en contact avec un joueur de Fortnite, âgé de 15-16 ans, mais ses parents n'ont pas voulu qu'il signe chez nous. Au Luxembourg, beaucoup de parents s'imaginent qu'un joueur de jeux vidéo, c'est un pré-ado de 13 ans qui mange des frites devant son écran. C'est un gros problème... À l'étranger, les a priori ne sont pas si forts" estime t-il. Sur la quinzaine de joueurs actuellement sous contrat dans le club, un quart sont néanmoins des étrangers.

Si le club propose des contrats à ses joueurs, ceux-ci sont encore très loin d'en vivre. "Nous sommes une asbl (ndlr: une association sans but lucratif) et nous n'avons qu'une petite trésorerie. À terme, c'est notre ambition de pouvoir rémunérer des joueurs. Mais pour l'instant, si on donne 100€ par saison, ou par mois, à un joueur de 16 ans, c'est pour lui déjà extrêmement motivant" explique Yann Miller.

L'ambition, c'est donc aussi de démocratiser la pratique de l'e-sport au Grand-Duché en s'inspirant de ce qui se fait ailleurs, ce que fait déjà le salon "Luxembourg Gaming Xperience", annulé en 2020 à cause du covid-19. Le club compte ainsi organiser "beaucoup" de tournois sur Counter-Strike, dès que la situation sanitaire le permettra. "On ne le sait pas forcément, mais le Luxembourg compte une dizaine de joueurs de tout premier plan sur "CSGO". On est les meilleurs sur ce jeu et on a le potentiel pour se faire remarquer à l'étranger" avance le manager général. 

Il va falloir trouver de nouveaux soutiens, alors que la discipline n'est pas reconnue comme un sport au Luxembourg, à l'inverse d'autres pays comme la Chine ou la Corée du Sud. L'an dernier, le Comité International Olympique a tranché sur ce -déjà- vieux débat et reconnu officiellement l'e-sports comme un sport à part entière. "Je pense que c'est un vrai sport: certains jeux demandent beaucoup de ressources tactiques", répond Yann Miller. "Au Danemark, il y a même des écoles pour apprendre aux jeunes à bien jouer à certains jeux vidéo. C'est aussi une chance pour les sponsors. Des équipes en attirent déjà de très gros et les meilleurs joueurs du monde gagnent beaucoup d'argent. Au Luxembourg, certains footballeurs ou basketteurs vivent déjà de leur sport. Ça peut devenir pareil dans l'e-sport."