Loin des conditions idéales aux États-Unis ou en Europe, les meilleurs joueurs de Birmanie se battent d'abord contre les coupures d'électricité...

Tout à coup, l'écran est devenu noir. Myint, star de l'e-sport en Birmanie, doit défendre en novembre les couleurs de son pays aux Jeux d'Asie du Sud-Est, où la discipline sera représentée pour la première fois, mais les fréquentes coupures d'électricité l'empêchent de s'entraîner autant qu'il veut.

La Birmanie a l'un des taux d'électrification les plus bas d'Asie, avec plus de 60% de la population sans accès à un réseau moderne, et les pannes y sont habituelles.

Depuis qu'il joue, Myint Myat Zaw, 21 ans, surnommé dans son milieu "Insane" (le fou), assure avoir déjà perdu 40 parties à cause des coupures de courant, avec des pertes potentielles de plusieurs milliers de dollars.

Le joueur birman Myint Myat Zaw, alias "Insane", joue à Dota 2, le 22 août 2019 à Rangoun / © AFP

L'e-sport qui, il y a quelques années encore, n'attirait qu'un nombre limité de passionnés - comme en Corée du Sud où les compétitions professionnelles de jeux vidéo sont très présentes depuis les années 1990 - , est devenu un phénomène de masse sur une grande partie du continent asiatique depuis le milieu des années 2010.

Mais la Birmanie part avec un handicap certain, pénalisée non seulement par les coupures de courant, mais aussi par le manque d'ordinateurs pour s'entraîner et de financement pour payer les voyages des joueurs à l'étranger.

"SÉRIEUSEMENT DÉSAVANTAGÉ"

Le pays, à l'instar d'autres en développement, est "sérieusement désavantagé" par rapport à ses voisins, dont la Thaïlande et la Chine, souligne Jeremy Jackson, analyste du cabinet NewZoo, alors que "l'accès à une électricité stable et à Internet est crucial" pour cette discipline.

Un membre de l'équipe d'e-sport Impunity s'entraîne à Rangoun, le 19 août 2019 en Birmanie / © AFP

Myint, l'un des 16 joueurs birmans à participer aux Jeux d'Asie du Sud-Est (SEA) en novembre aux Philippines, joue à "Dota 2", un jeu de combat en ligne mondialement célèbre. Un tournoi "Dota 2" a eu lieu à Shanghai la semaine dernière, doté de 34 millions de dollars (plus de 30 millions d'euros) pour le vainqueur.

Mais le jeune Birman Myint, qui n'est pas classé à l'international, est très loin de ces compétitions de haut niveau, des énormes enjeux marketing et des fortunes accumulées par certains joueurs. Les tournois sont rares en Birmanie, ce qui ne lui permet pas de bien gagner sa vie.

"Ces trois dernières années (...) je vivais dans un magasin de jeux vidéo à Rangoun et je n'avais pas toujours suffisamment à manger", déplore-t-il.

Aujourd'hui, il est "fier" de se rendre aux Philippines. "Il y a plus de pression, mais cela me donne envie de faire mieux" et de défendre mon pays, dit-il.

LE BOOM DES JEUX SUR MOBILES

Des membres de l'équipe d'e-sport Impunity s'entraînent à Rangoun; le 19 août 2019 en Birmanie / © AFP

Sa participation aux Jeux d'Asie du Sud-Est devrait être très suivie en Birmanie, où les joueurs de jeux vidéos sont de plus en plus nombreux, tout particulièrement sur mobile. Le taux de pénétration du téléphone portable a en effet explosé ces dernières années (80% en 2017 contre 7% en 2012).

Les sponsors l'ont bien compris et commencent à s'intéresser à ce pays.

Samsung a ainsi organisé le mois dernier dans un centre commercial de Rangoun un tournoi PUBG (PlayerUnknown's Battlegrounds) sur téléphone portable, un jeu déjà téléchargé plus de 360 millions de fois dans le monde.

Plus de 400 équipes y ont participé, avec à la clé 7.000 dollars (environ 6.200 euros) pour le vainqueur, une somme considérable dans un pays où le salaire moyen est inférieur à 1.300 dollars (1.160 euros) par an.