En annonçant son "Netflix" du jeu vidéo, Google a provoqué un véritable séisme dans le monde vidéoludique... même si des questions demeurent.

Les consoles vivent-elles leurs dernières heures? C'est la question que tous les gameurs se posent depuis le début de la semaine. Stadia, c'est donc le nom de la plateforme de jeux en streaming annoncée par Google mardi, à San Francisco. "Votre plateforme, c'est le centre de données" martèle le géant du numérique, qui entend se baser sur ses surpuissants data center pour faire tourner ses futurs jeux vidéo, et non sur une console, jugée "has been".

UN CENTRE DE DONNÉES SURPUISSANT...

Chaque joueur pourra ainsi sélectionner un jeu au gré de ses envies, dans un catalogue en ligne. Face à Sony, Microsoft et Nintendo, Google bande ses muscles: la puissance de calcul de son centre de données s'établit à 10,7 Téraflops, ce que n'atteignent même pas une PS4 Pro et une Xbox One réunies.

Le site officiel de Stadia indique que la plateforme sera compatible avec les ordinateurs portables, les ordinateurs de bureau, et certains modèles de téléphone et de tablette. Mieux, une manette spéciale agira comme un centre de contrôle en permettant aux joueurs de passer d'un écran à un autre pour continuer leur partie.

... MAIS UNE EXCELLENTE CONNEXION REQUISE

Si Google assure être en mesure de faire tourner n'importe quel jeux vidéo en très haute résolution, sa plateforme étant déjà prête pour les normes 8K, cette puissance affichée ne suffira pas à assurer une fluidité satisfaisante puisqu'évidemment, la qualité de la connexion de chaque joueur est un élément déterminant.

En début de semaine, Google s'est contenté d'indiquer qu'une connexion Internet haut débit serait requise. Depuis, Phil Harrison, le président de la division jeu vidéo du groupe, a répondu au cours de différentes interviews que la résolution des jeux seraient adaptées à la bande passante de chaque utilisateur. Traduction, lorsque la connexion internet sera moins bonne, la qualité graphique des jeux en souffrira logiquement mais ils resteront fluides, a priori.

D'ailleurs, Phil Harrison prétend que deux jeux de combat reconnus sont déjà en développement sur Stadia. Quand on sait à quel point la fluidité et le temps de latence sont des critères importants pour ce type de jeu, on comprend que Google se lance dans la bataille en toute confiance.

QUELLE DATE? QUELS JEUX? QUEL PRIX?

Si Google compte révolutionner l'univers du jeu vidéo, pour l'instant, plusieurs interrogations restent en suspens, à commencer par la date -précise- de mise en ligne de son service. On sait simplement que ce sera pour 2019, en Amérique et dans certains pays d'Europe.

La deuxième interrogation est liée aux jeux présents dans le futur catalogue. Lors de sa démonstration, Google a utilisé la franchise à succès "Assassin's Creed" de l'éditeur Ubisoft, et "Doom Eternal" de Bethesda Softworks, autant pour montrer qu'il pourra compter sur des acteurs majeurs de l'industrie que pour en draguer d'autres. Le géant du web a surtout annoncé qu'il a créé son propre studio de développement, pour ne pas dépendre uniquement d'eux et pour forger sa marque.

Enfin, la troisième interrogation concerne le prix de l'abonnement, si c'est bien ce modèle que compte choisir Google, ce qui n'est pas encore confirmé. Le Cloud Gaming est pour l'heure une alternative, comme l'est le Playstation Now ou comme le sera la prochaine version de la Xbox One de Microsoft.

Peut-il devenir la principale façon de jouer de demain, comme Google l'ambitionne? Combien les joueurs seront-ils prêts à dépenser pour jouer librement aux meilleurs jeux, mais sans les posséder? Le modèle de Netflix peut-il ainsi s'appliquer au jeu vidéo?

La nécessité absolue d'être connecté à internet tout le temps pour pouvoir jouer, même en mode solo ou entre amis sur un même canapé, peut avoir ses désavantages. En cas de bug du service, la possibilité de jouer s'envole là où une console se répare ou se rachète en cas de panne, là où un jeu se remplace par un autre si le CD est rayé... Surtout, beaucoup craignent la montée en puissance de Google, également géant... de la collecte de données et de la publicité ciblée, comme le souligne Le Monde.

Toutes ces questions trouveront certainement leurs réponses en juin prochain, lors de l'E3, le plus grand salon du monde de jeux vidéo, qui se déroule chaque année à Los Angeles.