Sorti sur le web, le film "Hold-up" s'attache à démontrer, interviewes à l'appui, que le coronavirus et les mesures prises sont le fruit d'un complot mondial.

Vous l'avez peut-être aperçu sur votre fil Facebook ou Twitter ces derniers jours. Un film intitulé "Hold-up" est sorti en France et disponible sur des plateformes en ligne. Financé par des cagnottes en ligne et officiellement sorti mercredi sur internet, cette vidéo de 2h40 rassemble une galaxie de sceptiques et "d'experts" en tout genre attaquant vigoureusement les mesures prises contre la crise du Covid-19, jusqu'à l'explication finale d'un complot mondial dont la pandémie serait l'objet.

Dans une tribune publiée sur le site FranceSoir, son producteur Christophe Cossé décrit le Covid-19 comme un "virus pas plus offensif qu'un autre Covid saisonnier" et fustige une "idéologie sanitaire autoritaire" qui veut "contraindre à une société de surveillance et de soumission".

Des contre-vérités flagrantes qui ne tiennent tout simplement pas à l'épreuve des faits

Lors de la conférence de presse du centre de crise et du SPF Santé publique, le porte-parole Antoine Iseux est revenu sur la sortie de ce film décrit comme étant un "documentaire" par ses créateurs. "Dans des situations inédites, éprouvantes, on cherche tous à comprendre, on se pose des questions. Certains proposent des réponses, échafaudent des théories, pas toujours en se basant sur des faits. Souvent, pour conforter les auteurs de ces réponses ou de ces théories dans leurs certitudes, leurs marottes permet aussi de vendre des films", déclare Antoine Iseux.

L'affiche de ce film met en scène un homme et une femme masqués. Leurs yeux ont été remplacés par des logos de médias. Une façon pour la production de dénoncer la "manipulation médiatique". Car dans Hold-up, les médias sont ainsi vigoureusement pointés du doigt.

"Le film Hold-up dont on parle beaucoup ces derniers jours qui est assez habile, qui prend toute l'esthétique d'un travail journalistique, d'un travail d'analyse, poursuit-il. Il nous parle de manière générale de grand complot, de troisième guerre mondiale, d'extermination de masse. Vous ne manquerez pas de trouver des analyses par de nombreuses sources différentes qui montrent que ces théories se basent sur des contre-vérités flagrantes. Elles ne tiennent tout simplement pas à l'épreuve des faits".

Donner des clés de compréhension

Le porte-parole du centre de crise insiste donc sur le rôle des conférences de presse données régulièrement depuis le début de cette pandémie. "Le but est justement de donner des clés pour comprendre cette situation complexe. Nous vous encourageons vraiment à faire preuve de recul avec ces théories fumeuses. Certaines d'entre elles sont même dangereuses puisqu'elles encouragent parfois certains à ne pas respecter les recommandations sanitaires. C'est dangereux pour soi et les autres".

"On vous demande d'avoir cet esprit critique face à ces théories, d'écouter plutôt votre médecin, d'écouter les sources fiables que vous connaissez et pour le reste on fait vraiment confiance aux citoyens pour tirer la part des choses, conclut Antoine Iseux.

"Par définition, ce genre de documentaire se base sur des informations vraies et puis on construit petit à petit une pyramide dans lequel la valeur, la qualité des informations est de moins en moins bonne pour arriver in fine à une conclusion qui prouve ce qu'on veut prouver au départ, en l'occurrence qu'on est devant une grande épidémie mondiale qui est à la base d'un complot", commente également Yves Van Laehtem. 

Comment lutter contre ces théories ?

"Je pense qu'il faut discuter avec les personnes" qui adhèrent à ces théories, "de manière positive", estime l'infectiologue. "Il ne faut pas rentrer de front dans une opinion qui va se faire braquer la population qui est visée par ce type d'information. On vise d'ailleurs une population qui est plutôt dans le doute concernant le pouvoir, les politiciens, les scientifiques, qui estime qu'elle n'a plus confiance en eux et va donc être plus perméable à ce type d'information". "Je pense qu'il faut essayer de retourner les différents arguments qui sont présentés en expliquant pourquoi ils sont soit faux, soit tournés de manière telle qu'ils prouvent le contraire de la réalité", conclut Yves Van Laethem.

les arguments repris par le documentaire sont déconstruits, un à un. Un graphique mal interprété, de rumeurs circulant sur les réseaux sociaux et des chiffres imaginés... Le journal français montre à quel point les exposés de ce film se basent sur des affirmations approximatives voire complètement fausses.