Régler le problème des assurances, adapter les conditions de travail ou trouver des solutions pour certaines scènes.

Avec le déconfinement, le cinéma s'apprête à reprendre progressivement le chemin des tournages, mais reste confronté à d'épineuses questions.

"Si on reprenait le tournage cet été, ça va. Si c'est encore repoussé, ça risque de poser un problème", raconte le réalisateur Arnaud Malherbe, dont le premier long métrage, "Ogre" avec Ana Girardot, a été "arrêté en plein vol" mi-mars.

"L'un de mes soucis, c'est que mon personnage principal est un enfant. Je ne veux pas trop qu'il grandisse", explique le cinéaste.

Comme le sien, une quarantaine de tournages ont dû être interrompus par le confinement, détaille Olivier Zegna Rata, délégué général du Syndicat des producteurs indépendants (SPI).

C'est le cas d'"Adieu monsieur Haffmann" de Fred Cavayé, qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, dont les décors ont été abandonnés en plein XVIIIe arrondissement de Paris.

Ou d'"Eiffel" de Martin Bourboulon avec Romain Duris, film à gros budget (22 millions d'euros) sur fond de construction de la Tour Eiffel.

D'autres devaient démarrer au printemps, comme "Tout s'est bien passé" de François Ozon.

Tous espèrent une reprise dans les semaines qui viennent, à partir de fin mai ou plus probablement courant juin.

FONDS D'INDEMNISATION

Les regards se tournent notamment vers l'été, saison où se déroulent deux tiers des tournages, alors que celui de la superproduction "Astérix et Obélix: l'empire du milieu", prévu le 15 juin, a été reporté à mars 2021.

"Si on ne tourne pas cet été, on va perdre un an de production ou pas loin", estime Valérie Lépine-Karnik, déléguée générale de l'Union des producteurs de cinéma (UPC).

Bonne nouvelle, la ville de Paris a annoncé que les tournages pourraient reprendre dès le 11 mai, sous des conditions strictes: pas plus de 50 personnes simultanément sur le plateau ou interdiction des barnums sur la voie publique.

"Il y en a qui ont bondi une demi-heure après qu'on ait dit qu'on rouvrait, pour tourner des pubs", raconte Michel Gomez, délégué de la mission cinéma de la Ville de Paris.

Mais pour les longs métrages ou séries, des incertitudes demeurent et une question centrale reste en suspens, celle des assurances, qui ne couvrent pas les risques de pandémie.

Face à cette difficulté, le président Emmanuel Macron a annoncé mercredi la création d'un fonds d'indemnisation temporaire pour les tournages à venir annulés ou reportés à cause du Covid-19, qui fonctionnera "au cas par cas".

Ce fonds, demandé par les producteurs et qui doit encore être mis en place, pourrait être abondé par les régions et cofinancé par les assureurs, voire les banques et Sofica (sociétés d'investissement dans le cinéma).

"C'est un point essentiel. Il faut le faire le plus vite possible, car c'est une condition préalable à la reprise des tournages", souligne Olivier Zegna Rata.

"INTÉGRITÉ DE FILMS"

Une charte sanitaire est aussi en cours de finalisation, et les équipes se préparent déjà aux nouvelles règles: port du masque et distanciation physique, équipes réduites sur le plateau, nettoyage et désinfection des lieux, du matériel ou des costumes...

Des mesures qui entraîneront des surcoûts et pourraient poser problème pour certaines scènes de promiscuité ou de foule.

"On va mettre pas mal de choses en place pour que les gens puissent travailler dans les meilleures conditions", explique François Hamel, directeur de production d'"Eiffel", pour lequel il reste 15 jours de tournage.

"Mais la plus grande difficulté, c'est de respecter les distances devant la caméra. Comment faire une mise en scène en demandant aux acteurs d'être à un mètre cinquante les uns des autres?", s'interroge-t-il.

"Dans le respect des auteurs et des scénarios, il va falloir faire preuve d'inventivité", glisse Valérie Lépine-Karnik.

Pour le réalisateur Arnaud Malherbe cependant, il y a "une limite à l'adaptabilité". "Il faut vraiment qu'on fasse attention à ne pas atteindre l'intégrité des films".

Alors que son film prévoit une scène avec 200 figurants, "je ne peux pas la transformer en une scène de trois personnes dans une maison", dit-il.