Pour sa 10e édition, le Luxembourg City Film Festival met les petits plats dans les grands avec quelques grands. Nous vous livrons une sélection forcément subjective.

127 films présentés en 10 jours, plus des expositions, plus des masterclasses, plus des fêtes, plus de la réalité virtuelle, plus des invités, plus des débats... Cette 10e édition est celle des superlatifs et il va être "très très" difficile de faire son choix, comme l'aime à répéter Alexis Juncosa, le directeur artistique.

On vous donne un coup de pouce pour y voir clair dans la foison de films et d'événements.

1. LE FILM D'OUVERTURE

On commence le 5 mars avec un ouverture qui annonce la couleur très "gender balance" voulue par le festival. Le film "Promising Young Woman" vient juste d'être présenté à Sundance et est estampillé "film le plus attendu de ce début d’année". Signé de la comédienne Emerald Fennell (The Crown, Killing Eve), le film met en scène une Carey Mulligan, qui hantée par un traumatisme passé, s'en prend à des hommes prédateurs qui ont le malheur de croiser sa route. Décapant.

2. LA COMPÉTITION OFFICIELLE

C'est la réalisatrice franco-iranienne  Marjane Satrapi qui présidera le jury. À la fois auteure de bande dessinée et réalisatrice, on lui doit le très acclamé Persépolis ou The Voices et présentera, cette année hors compétition, Radioactive. Pour l'heure, deux autres membres du jury est dévoilé: Mike Newell, le réalisateur de Harry Potter et la Coupe de Feu, Donnie Brasco, Quatre mariages et un enterrement et le comédien luxembourgeois Luc Schiltz.

Comme chaque année, le jury international aura à se prononcer sur dix films en compétition qui représentent un intéressant panorama qui ose quelques "étrangetés, dissidence esthétiques et grains de folie", comme soulignait Claude Bertemes, le directeur de la cinémathèque.

  • Atlantis (Valentyn Vasyanovych, Ukraine)
  • Babyteeth (Shannon Murphy, USA)
  • Bait (Mark Jenkin, UK)
  • Effacer l’Historique (Benoît Delépine et Gustave Kervern, France)
  • Ema (Pablo Larrain, Chili)
  • La Vallée Des Âmes (Tantas Almas) (Nicolás Rincón Gille, Belgique-Colombie)
  • Mosquito (João Nuno Pinto, Portugal) 
  • Moving On (Nam-Mae-Wui Yeo-Reum-Bam) (Yoon Dan-Bi, Corée du Sud)
  • Pour l'Éternité (Om Det Oändliga) (Roy Andersson, Suède)
  • Song Without A Name (Canción Sin Nombre) (Melina León, Pérou)

Effacer l'historique / © Les films du Worso, No Money Productions, France 3 Cinéma, Pictanovo, Scope Pictures

3. COSTA GAVRAS

Costa-Gavras se prêtera à une Masterclass à la Cinémathèque (modération Boyd van Hoeij – Hollywood Reporter). Un hommage lui sera également consacré à l’occasion de la cérémonie de remise des prix.

© AFP

Cinéaste engagé, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras a transformé le fait-politique en formidable matière première pour son style unique. De Z (1969 – Prix du Jury à Cannes, Oscar du meilleur film étranger) à L’Aveu (1970), de Section spéciale (1975 – Prix de la mise en scène à Cannes) à Missing (1982 – Palme d’Or à Cannes et Oscar du meilleur scénario adapté) on lui doit un total de 20 longs-métrages qui ont autant changé le cinéma que notre manière de voir le monde.

Son dernier film, Adults In The Room (2019), qui sera repris le vendredi 13 mars au Ciné Utopia, est l’adaptation du livre éponyme de l’ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis.

4. LA RÉALITÉ VIRTUELLE

Le Pavillon Réalité Virtuelle proposé par Film Fund Luxembourg prendra ses quartiers à neimënster en 2020. Le public pourra découvrir une sélection d’installations et de contenus immersifs qui comptent parmi les plus primés et les plus audacieux du moment. L’offre du Pavillon comptera plusieurs films activistes ainsi qu’une rétrospective des œuvres d’Atlas V, maison de production française pionnière en création VR.

Le VR Day du 6 mars, journée professionnelle de conférences-débats, d’études de cas et d’échanges autour des nouvelles réalités, réunira des experts internationaux et se penchera sur les nouveaux développements de l’industrie de la VR cinématique. Nouveauté de cette édition 2020, la tenue d’une compétition VR dédiée dans le cadre du festival avec un jury de renommée internationale.

5. LA COMPÉTITION DOCUMENTAIRE

Depuis plusieurs éditions déjà le jury documentaire est constitué de responsables de festivals cinématographiques. Nous sommes fiers d’annoncer que l’édition 2020 pourra compter sur la participation de Kathrin Kohlstedde (Festival du Film de Hamburg), Nicolas Girard Deltruc (Festival du Nouveau Cinéma de Montréal), Anaïs Emery (Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel), Davide Oberto (Festival du Film de Turin) et Miroslav Mogorović (European Film Festival Palić).

  • 143 Rue Du Désert (Hassen Ferhani, Algérie) 
  • Adolescentes (Sébastien Lifshitz, France) 
  • Collective (Colectiv) (Alexander Nanau, Roumanie)
  • Midnight Family (Luke Lorentzen, Mexique)
  • Overseas (Sung-A Yoon, Belgique) 
  • The American Sector (Courtney Stephens et Pacho Velez, USA)

Collective / © Alexander Nanau Productions, Samsa film, HBO Europe

6. LES EXPOSITIONS

Plusieurs expositions sont proposées dans le cadre du festival. Carte d'identité(s)/Luxfilmfest Moments présente les meilleures images de 10 années de festival sera installée place Guillaume II. Du 16 février au 22 mars,
Fictitious Location Spotting For A Non-Existing Movie. Marquée par les livres de H.P. Lovecraft et Stephen King, Véronique Kolber est attirée par les histoires et les personnages de ces œuvres et leurs adaptations filmiques, ainsi que par les univers mystérieux et la face ordinaire et détraquée de l’Amérique. Suite à plusieurs voyages aux « States », elle réalise une série de photographies personnelles de son périple, de lieux inconnus qui provoquent une sensation de déjà-vu auprès du spectateur.

En référence au cinéma, les photos montrées lors de l’exposition sont associées à des extraits de scripts de David Lynch, des frères Coen, etc., triés par Véronique Kolber qui réussit à faire émerger une autre narration. Ces images figées dans le temps, semblent en attente d’action : l’artiste livre la toile de fond, le mirage américain, et invite le spectateur à compléter la scène.

7. LES PROFESSIONNELS

Si le LuxFilmFest a toujours proposé des initiatives en direction de la scène professionnelle, cette édition 2020 marquera le lancement d’une véritable politique d'Industry days, les premiers jours du Festival accueillant notamment différentes organisations professionnelles: Europa Films Festivals (qui rassemble des festival) ou Europa International (organisation européenne des distributeurs internationaux).

3’52’’ MAX est un événement visant à faciliter l’acquisition et la circulation des œuvres luxembourgeoises. Une douzaine de projets luxembourgeois et internationaux seront présentés dans l’auditorium du Cercle Cité. Clin d’œil au préfixe international du Luxembourg, les participants auront 3 minutes et 52 secondes pour « pitcher » leur projet à de nombreux représentants de festivals, vendeurs internationaux et distributeurs (ouvert au public), la diversité des professionnels présents ayant permis de retenir des projets à des phases très différentes de production.

8. LA SÉLECTION OFFICIELLE

Rarement la sélection hors compétition a été aussi foisonnante. On retiendra, notamment A Dark-Dark Man de l'icône de la réalisation au Kazakhstan, Adilkhan Yerzhanov, un thriller policier sur fond de corruption avec un final qui devrait faire date. Dreamland où Miles Joris-Peyrafitte s’est assuré les services de Margot Robbie, Finn Cole, Travis Fimmel… pour l’un des plus beaux "couple on the run" de ces dernières années.

Dreamland / © Dreamland NM, LLC

Ceux qui connaissent l’œuvre fantasque de Sophie Letourneur ne seront pas surpris du pitch de son nouveau Énorme: "Un quadragénaire trafique la pilule de sa femme, ce qui menace l’équilibre de leur couple". La femme en question, incarnée par Marina Foïs, vivra son pire cauchemar, pour notre plus grande joie.

Greener Grass (Jocelyn DeBoer, Dawn Luebbe) dépeint une Amérique aux prises avec ses contradictions. Un monde de l’apparence, une comédie délicieusement déjantée dans une banlieue américaine où les mères de famille sont en perpétuelle compétition. Les deux actrices-réalisatrices seront du voyage, affublées de tous leurs artifices pop.

Just 6.5 (Metri Shish-O-Nim), de Sayeed Roustayi, est probablement le thriller policier le plus haletant qui nous soit jamais parvenu d’Iran. Un bras de fer entre un détective et un baron de la drogue aux plans séquences marquants

9. LES FILMS DU LUXEMBOURG

Pas moins de 15 films réalisés au Luxembourg ou avec l'aide de producteurs luxembourgeois sont présentés.

On attend notamment Jumbo, étrange histoire d’une jeune fille amoureuse d’une attraction foraine est indéniablement la coproduction luxembourgeoise (Les Films Fauve) la plus en vue du moment. Entre drame social et fantastique, Noémie Merlant et Emmanuelle Bercot portent à bout de bras un film aux ambitions prometteuses.

Jumbo / © Insolence Production, Les Films Fauves, Kwassa Films

Skin Walker (de Christian Neuman, production Calach Films, distribution Tarantula). Dans ce film de genre au casting sur-mesure (Udo Kier, Jefferson Hall, Amber Anderson…) une jeune femme hantée par un passé douloureux doit à présent y faire face. Le film s’est largement fait remarquer au festival du Caire lors de sa première mondiale. 
Dreamland (Bruce McDonald), c’est probablement l’un des plus étranges mariages de l’histoire du cinéma. Un grotesque chef de gang engage un tueur de sang-froid pour récupérer le doigt d’une légende du jazz toxicomane, le tout porté par l’esthétique si singulière du réalisateur canadien et un casting d’envergure (Juliette Lewis, Henry Rollins…)

L’avant-première luxembourgeoise de Le Voyage Du Prince (Jean-François Laguionie, Xavier Picard) se fera en présence du premier cité, dans le cadre d’une masterclass à découvrir par ailleurs. Savourez cette splendide coproduction Mélusine dans laquelle un vieux prince s’échoue sur une plage aux abords d’une cité de singes en lutte contre la forêt pour sa survie. Une fable philosophique issue du même univers que le Château des singes.

10. LES FILMS DE CLÔTURE

La soirée de remise des prix (14 mars) sera, elle, l’occasion de découvrir Yalda, la nuit du pardon (en présence du réalisateur Massoud Bakhshi), film coproduit avec le Luxembourg (Amour fou) qui a remporté à Sundance la compétition internationale. L’histoire d’une femme iranienne condamnée à mort qui doit obtenir le pardon de ses accusateurs via une émission de télé-réalité.

Autre événement en clôture (15 mars): True History Of The Kelly Gang (Justin Kurzel). Une adaptation punk de la vie de Ned Kelly, l’un des hors-la-loi les plus célèbres d’Australie. George MacKay y incarne à la perfection cette légende qui avait pour habitude de faire ses coups en robe ou en armure.

Tout le festival pour 35 euros avec le pass. 
Tout le programme sur: www.luxfilmfest.lu