"Deux", le premier long-métrage de Filippo Meneghetti sort ce mercredi en salles. Une magnifique histoire d'amour servie par des comédiennes hors pair.

Nina (Barbara Sukowa) et Madeleine (Martine Chevallier) sont profondément amoureuses l’une de l’autre. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines vivant au dernier étage de leur immeuble. Au quotidien, elles vont et viennent entre leurs deux appartements et partagent leur vie ensemble.

Le secret est bien gardé jusqu'au jour où un accident fait tout basculer. Elles se heurtent à l'incompréhension des enfants de Madeleine (Léa Drucker et Jérôme Varanfrain) qui ne veulent pas voir, ne veulent pas comprendre, ne veulent pas admettre.

Le spectateur comprend bien mieux, lui qui voit à quel point ces deux femmes s'aiment et sont indispensables l'une à l'autre. Lui qui ressent la tendresse avec laquelle la caméra les filme. Lui qui entend les silences et les non-dits.

"Deux" est un film qui va à l'encontre des tendances et brise quelques tabous. Il ne parle pas seulement d'une relation amoureuse entre deux femmes, ce qui ne choque plus vraiment personne, mais d'une relation entre deux femmes âgées. Sans doute le dernier sujet difficile à mettre en scène. "L'homophobie n'est pas le sujet du film. Ce qui m’intéresse, c’est comment admettre que sa mère, à 70 ans, a encore une vie sexuelle active. C'est difficile de se dire que nos parents ont encore du désir, que leur vie amoureuse n’est pas terminée", explique son réalisateur Filippo Meneghetti dont c'est le premier long-métrage.

UN FILM SUR LA CONTRADICTION

"C'est un film sur la contradiction. Nous voulions montrer en cachant et cacher en montrant. Au fond, les choses les plus importantes sont celles qui sont hors champ." Il nous tient à distance pour éviter le voyeurisme tout en nous faisant entrer dans l'intimité de la vie de Madeleine et Nina.

C'est ce qui a poussé le réalisateur à opter pour le grand format scope alors qu'il filme des intérieurs. "Filmer un huis clos en scope parait contre-intuitif, mais c'est aussi une manière d'exprimer la contradiction, de montrer l'environnement et l'enfermement..."

Même jeu avec le son: il y a très peu de dialogues pour exprimer la retenue, l'auto-censure, même. "C'est un film sur les non-dits, seules les paroles de la chanson disent vraiment quelque chose."

"Deux" est coproduit par Tarantula au Luxembourg et les intérieurs ont été tournés dans les studios de Filmland à Kehlen. Les deux appartements y ont été construits ainsi que le couloir qui les séparent. "Les lieux sont comme des miroirs de leur âme. La décoration de l’appartement de Madeleine est chargée. Ce lieu chaleureux nous rappelle sans cesse le poids qui pèse sur elle. C’est une sorte de prison. A contrario, l’appartement de Nina est complètement vide. C’est une métaphore de la situation de Nina, de sa détresse. Les murs sont vides, le frigo aussi, on voit bien qu’elle n’a jamais dormi dans son lit."

La grande force du film n'est pas seulement son intelligence formelle et la réflexion poussée qu'il y a derrière chaque plan. Les comédiennes sont d'une justesse admirable et joue parfaitement les intentions de retenues et de non-dits.

Finalement, on n'a pas seulement affaire à une histoire d'amour, mais à une sorte de thriller qui fait appel à l'imaginaire des spectateurs.