"Ces dernières années, le monde semble s'être accéléré comme jamais".

Catastrophe nucléaire, montée des populismes, faillites bancaires... Imaginez une fiction faisant la somme de ces scénarios angoissants et vous obtiendrez l'épatante "Years and years", une série dystopique sur fond de Brexit, suivant une famille de Manchester sur plusieurs années.

"J'espère que l'on ne va pas se réveiller dans vingt ans en se disant : oh, (le réalisateur) avait vu" juste, déclarait lors de la présentation de rentrée Jean-Marc Juramie, directeur général adjoint des antennes et programmes de Canal+, qui diffuse la série à partir de lundi.

Présentée en exclusivité au festival CanneSéries au printemps, "Years and years" a été produite par la BBC avec HBO et s'inscrit dans la veine des séries d'anticipation faisant froid dans le dos comme "Black Mirror" ou "La servante écarlate", et fait aussi penser à "Chernobyl", énorme succès surprise de HBO, pour sa façon de donner à réfléchir et de laisser le spectateur sonné par ce qu'il voit.

"Ces dernières années, le monde semble s'être accéléré comme jamais".
Résultat, en termes d'écriture, "nous sommes allés aussi vite que possible avant que ce qu'il se passe dans le scénario ne se produise dans la réalité", raconte dans le dossier de presse le réalisateur Russell T. Davies ("Queer as folk", "Doctor Who") qui pensait à ce scénario depuis déjà une dizaine d'années.

2019, année du Brexit. Lors d'un débat télévisé, une certaine Vivienne Rook (incarnée avec brio par Emma Thompson) fait irruption dans le paysage politique, en affirmant se moquer éperdument du sort des Palestiniens et concentrer toute son attention sur sa vieille mère.

Cette scène à laquelle assiste, médusée et par écrans interposés, la famille Lyons est le point de départ d'une ascension politique, sous le signe du populisme, et de débats agités au sein d'une fratrie que l'on va suivre pendant 15 ans, soit jusqu'en 2034.

Quinze années en six épisodes 

Tandis que Stephen, financier vivant à Londres, et son frère Daniel, travailleur social à Manchester, sont atterrés, leur soeur Rosie, mère célibataire en fauteuil roulant, est fascinée par cet ovni politique, évoquant à la fois Donald Trump, Nigel Farage et Matteo Salvini.

Mettant sur pied son propre parti baptisé "Four Stars" (quatre étoiles, ndlr), Vivienne Rook collectionne les coups d'éclat et les propositions choc comme de réaliser des tests de QI pour octroyer le droit de vote. Son ascension se fait alors que le monde bascule, avec la réélection de Donald Trump, une crise diplomatique majeure avec la Chine, une nouvelle crise des migrants...

Très ambitieuse, la série brasse énormément de thèmes en un temps record (6 x 52 minutes) : les réfugiés avec le personnage de Viktor, jeune Ukrainien homosexuel persécuté, le transhumanisme avec le personnage de Bethany, prête à renoncer à son corps pour devenir un "être augmenté", l'ubérisation avec Daniel, qui va connaître des revers de fortune.

Si le contexte politico-technologico-économique joue un rôle essentiel dans la série, "Years and Years" est avant tout une fiction sur une famille se retrouvant année après année, autour de fêtes et anniversaires, dans la grande maison de Muriel, la grand-mère. L'occasion de faire le point sur la vie de chacun, tout en prenant le pouls d'un monde en pleine mutation.

La série sera diffusée sur Canal+ à raison de deux épisodes par soirée, et fait partie d'un cycle baptisé "Exit Brexit" avec notamment de nouveaux épisodes de "Twilight Zone" et la deuxième saison de "Killing Eve", série policière au duo 100% féminin.