Après l'intervention fatale de la police samedi à Ettelbruck, il faudra déterminer si le policier a fait un usage légitime de son arme de service.

Alors qu'à première vue, l'homme abattu a défié la réaction de la police, l'incident est peut-être plus complexe que ce que l'on pourrait penser. François Aulner propose un commentaire sur ce qu'il s'est passé samedi soir.

Les policiers sont formés pour n'utiliser leur arme que dans les cas les plus extrêmes, mais le passé et les incidents à l'étranger montrent bien que l'utilisation de l'arme à feu est parfois disproportionnée. Et ce point doit être éclairci de manière indépendante.

Les personnes ayant déjà un jugement préconçu de la situation sont ceux qui ont prématurément appuyé sur la détente. Cela vaut d'une part pour les organisateurs d'une manif prévue samedi qui se positionne "contre les violences policières" et qui souhaite soutenir le message "No justice, no peace, no racist police". Reprocher au policier d'avoir tiré sur l'homme au couteau, simplement parce qu'il était noir, est une insinuation grave et purement spéculative. Ce reproche implique donc que si l'homme menaçant n'avait pas été noir, le policier n'aurait pas tiré, et cela, personne ne peut le prouver. Même si lors d'un sondage, la moitié des personnes noires du Luxembourg ont déclaré être victimes de racisme ces cinq dernières années, ce genre de raisonnement ne sert pas la cause des minorités. Seule l'enquête de l'Inspection générale de police et de la justice pourrait confirmer un acte raciste en cas d'aveux du concerné ou sur base de preuves solides.

En revanche, les membres de la famille et les amis de l'homme abattu ont le droit à ce que les circonstances de cet incident soient analysées jusqu'au dernier détail. Même si cela n'est pas agréable pour l'agent de police. Dans ce contexte bien précis, la solidarité envers l'agent est tout à fait compréhensible. Mais chacun doit accepter que chaque coup de feu doit être éclairci afin d'éviter que l'utilisation de l'arme à feu ne soit trop prise à la légère par les policiers.

Ceux qui ont également été un peu vite en besogne, sont ceux qui ont loué la réaction du policier quelques minutes à peine après la publication de la nouvelle sur les réseaux sociaux samedi soir. Certains propos tels que "enrichissement culturel" ou "excellent travail, il faudrait continuer le rangement" ne servent pas la cause du policier. Je pars du principe, ou j'espère en tout cas, que l'agent qui a tiré n'a pas eu ce genre de réflexion. Ceux qui pensent le soutenir avec ce genre de propos radicaux, donnent raison à ceux qui reprochent à la police d'être raciste ou de tirer sans réfléchir.

Ensuite, il y a ce membre du CSV qui aurait également mieux fait de se taire au lieu de demander la suspension immédiate du policier, qui, selon lui, aurait dû tirer dans les jambes. Cet homme ignore apparemment que les policiers -quand ils doivent utiliser leur arme- sont tenus de viser la poitrine afin d'éviter que la balle ne ricoche par terre et blesse un innocent qui pourrait se trouver à proximité de la scène. Le CSV n'a pas clairement pris ses distances par rapport aux propos de son membre, mais a toutefois profité des évènements pour faire de la récupération politique en répétant sa revendication d'équiper les policiers avec des tasers et des caméras corporelles. Il faut savoir que le parti chrétien-social utilise très souvent le sujet de l'insécurité à des fins électorales ou peut-être tout simplement car ses membres n'arrivent pas à proposer du contenu dans d'autres domaines.

Mais là où le CSV a raison: le travail de la police est difficile. La meilleure aide est la perception de la criminalité dans toute sa complexité ainsi qu’une action réfléchie de la société et de la politique.