Le gouvernement ne devrait plus perdre une seconde pour adapter les mesures restrictives et accélérer à bloc sa campagne de vaccination. Il doit enfin prendre le risque de déconfiner et l'assumer.

L'Union européenne s'est plantée lors de l'achat des vaccins contre le Covid et l'a reconnu. Parti d'un mauvais pied, le Luxembourg n’a pas vraiment brillé non plus, pour le dire gentiment. Les mesures restrictives sont prolongées jusqu'au 2 avril. Sans perdre une seconde, le gouvernement devrait maintenant adapter les mesures et accélérer à bloc sa campagne de vaccination. Le déconfinement partiel doit suivre en avril.

Si le gouvernement avait organisé une campagne de vaccination digne de la situation de crise, les allègements des mesures restrictives seraient quasi assurés en avril. Mais il a loupé le coche. Le ras-bol grandit. Et c'est compréhensible.

Pour commencer, on ne vaccine pas les weekends au Luxembourg. Quand on vaccine, on ne vaccine pas avec une  priorité absolue les personnes âgées ou les malades du cancer mais par contre on prend en compte les services administratifs des hôpitaux. Par ailleurs, on ignore combien de personnes âgées invitées à se faire vacciner ont été dépassées et n’ont pas pris leur rendez-vous. Si les choses s'étaient produites comme il se doit en temps de crise, les personnes concernées auraient été démarchées de manière bien plus proactive. Comme les scouts l'ont fait lorsqu’ils ont rendu service aux personnes âgées en faisant leurs courses. Si un passeport vaccinal était introduit au Luxembourg, seule une infime portion de la population pourrait en profiter. Parmi eux à peine trois ou quatre (ou un peu plus) membres de conseils d’administration.

Ce manque de sens de l’urgence, cet échec et ce sentiment d’inégalité se renouvelant en permanence à tous les niveaux durant toute la crise ont eu pour corollaire que l’acceptation des mesures a fondu comme la neige au soleil.

INCOHÉRENCES ET INÉGALITÉS

Par ailleurs, l’acceptation, et dès lors l’efficacité des mesures, diminuent de jour en jour à cause des effets négatifs à long terme qui se font de plus en plus ressentir. Mais certaines personnes âgées pourraient passer leurs derniers instants en étant isolées. Tandis que les jeunes doivent renoncer au lancement de leur carrière professionnelle dans des conditions normales mais aussi à une des plus belles époques dans leur vie. Sans compter que les effets négatifs des mesures restrictives sur le moral, la santé mentale, l’éducation ou l’économie pourraient coûter cher. Et pas seulement financièrement.

Le gouvernement, comme les députés de la majorité, n’ont que très peu abordé les incohérences de certaines mesures. Si le couvre-feu à 21 heures avait découragé les gens d’organiser quoi que ce soit, celui à 23 heures a permis à d’aucuns de trouver des alternatives. Pour foncer à la maison peu avant 23 heures. Par ailleurs, tout le monde peut accueillir chez soi un ou deux amis, tous les jours de la semaine.

Les bars et restaurants, eux, restent fermés bien qu'ils pourraient mettre en place des mesures de sécurité sanitaires. Ironiquement, le virus y circulerait bien moins que lors de réunions privées à la maison. Plutôt qu’un couvre-feu, il faudrait développer des concepts sanitaires dans la restauration et dans l’événementiel.

UNE COMMISSION D'ENQUÊTE

D'une part, le gouvernement doit mener une campagne de vaccination à vitesse grand V. D’autre part il doit prendre des mesures restrictives qui soient efficaces et acceptées. Enfin, le gouvernement doit prendre le risque de déconfiner et l'assumer.

Si lors de ce déconfinement les hôpitaux étaient à nouveau contraints de gérer une situation de crise, le gouvernement et les députés de la majorité devraient reprendre des mesures restrictives, même si cela n’est pas populaire. Les personnels de santé ne devraient pas, à ce moment-là, en vouloir à une population qui a fait énormément d'efforts mais plutôt au  gouvernement qui n’a pas su être conséquent ces derniers mois. Ou qui n'a pas osé dire: « À la guerre, comme à la guerre ». Ou « en pandémie, comme en pandémie ».

L'instauration d'une commission d’enquête parlementaire aurait d’ores et déjà été légitime au soir de la première vague au printemps dernier. Non pas pour trouver des coupables, mais pour tirer des leçons. Désormais, après une deuxième ou troisième vague, gérée de manière bien plus désordonnée mais aussi bien plus meurtrière, et après une campagne de vaccination très mal entamée, une commission d’enquête s’impose.