Les mesures anti-covid en cours avaient été votées dans l'urgence, fin octobre. Non sans grogne parmi les parlementaires. Cette fois, le Premier ministre a préféré être prévenant.

Le Premier ministre laissera à chacun le libre choix de décider, quand l'antidote au covid-19 sera dans les congélateurs, de se faire vacciner ou non. C’est la règle au Luxembourg. Et elle ne devrait pas muer malgré la virulence des déferlantes de la pandémie. Le directeur de la Santé, le Dr Jean-Claude Schmit, l’a fait savoir en cette mi-novembre, la vaccination est un choix personnel et l’obligation vaccinale n’est pas envisagée à ce stade.

Le médecin avisé a aussitôt prévenu que sur le plan sanitaire, la vaccination est "probablement la seule façon de contrôler la pandémie". Le politicien s’est placé sous un angle plus pratique. Il a averti d’une conséquence possible de se voir interdire l'entrée sur le territoire de certains pays en cas d’absence de certification de vaccination anti-covid.

Pas besoin de rappel, Xavier Bettel a eu le temps d’être vacciné politiquement depuis que le virus circule librement sur le sol luxembourgeois. Son intervention de mardi, assortie d’aucune annonce contraignante immédiate comme on aurait pu s'y attendre (vue l’évolution du nombre de décès et de patients en réanimation) s’adressait aux citoyens mais aussi aux adversaires de sa politique gouvernementale.

Aux résidents et frontaliers, le Premier ministre a rappelé que seul l’effort commun permettrait d’aplanir pour de bon la deuxième vague. Pour cela il faut encore "serrer les dents" une bonne semaine, selon l’expression utilisée mardi, par Mars di Bartolomeo, le rapporteur socialiste des lois covid. Une façon de préparer le terrain à un Premier ministre, contraint par le virus, de progresser sur une corde raide.

LE TRAVAIL PARLEMENTAIRE RECONSIDÉRÉ

Dans ces délicates circonstances qui risquent à tout moment de faire de nouveaux malheureux - notamment du côté des cafetiers et restaurateurs - ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ? Xavier Bettel a déjà eu sa dose de remontrances de la part des députés de l'opposition, CSV en tête, et a préféré préventivement faire parvenir un texte déjà bien ficelé à la Chambre des députés, cette fois. Un texte qui sera probablement soumis au vote des députés lundi prochain.

Cette anticipation donne au chef du gouvernement toute latitude pour agir vite quand il le faudra et de ne plus prêter son flanc, ni aux critiques des partis de l’opposition, ni aux discussions internes à la coalition DP-LSAP-Les Verts. Le dernier vote des textes anti-covid, fin octobre, avait été repoussé de 24 heures au tout dernier instant et à contrecœur pour Gilles Baum, chef de file du DP au parlement. Les députés de tous bords réclamant un temps minimum pour pouvoir au moins lire le texte qui venait de leur être soumis pour un vote immédiat. Déi Gréng et socialistes itou.

Fraîchement auréolé d’une belle couronne dans le sondage d’opinions automnale, le Premier ministre (DP) n’a pas manqué de décrypter dans le récent Politmonitor la contestation qui enfle. Un tiers des sondés jugeant que le gouvernement ne fait pas du bon travail dans sa manière de gérer la crise. Contre neuf satisfaits sur dix au printemps. "Le virus ne se lasse pas", tout comme la ministre de la Santé, Paulette Lenert ne lasse pas les électeurs. Comme au printemps la figure de proue des socialistes affiche la plus grande cote de popularité. Mais qu’en pensent les Verts, parents pauvres de la coalition à en croire ce récent sondage ?