La diversité des mesures sanitaires en Europe met en lumière ses limites, voire crée d'improbables paradoxes.

À l'instar de l'Islande et du Pays de Galles, mais aussi de la Belgique désormais, la France a choisi de reconfiner sa population. Le Luxembourg a lui opté pour un couvre-feu, une option largement plébiscitée en Europe. Et certains autres pays, comme l'Allemagne ou le Portugal, pratiquent un confinement partiel, avec des restrictions sur certains commerces mais encore une certaine liberté accordée à leurs citoyens. Bref, chacun fait ce qu'il veut, parfois avec ce qu'il peut.

Si les différentes mesures instaurées se veulent plus souples que celles du printemps, notamment avec l'ouverture des écoles, elles génèrent toujours des inégalités sanitaires. Et créent parfois de drôles de paradoxes pour ceux qui traversent régulièrement d'un pays à un autre, comme les travailleurs frontaliers.

Ainsi, un résident français ne peut pas rendre visite à ses proches sans un motif sérieux. Il ne peut pas non plus aller au restaurant, ces derniers étant fermés. Mais si lui et certains de ses proches sont frontaliers et travaillent au Grand-Duché, rien ne les empêche aujourd'hui d'aller déjeuner ensemble. Avant de retourner côté français, où ils ne pourront pas se voir.

Dans le même ordre d'idées, légalement, rien n'empêche un frontalier d'aller dans un magasin de vêtements ou un café en sortant du travail, alors que ces mêmes enseignes seront fermées de l'autre côté de la frontière (c'est le cas en Belgique et en France, ainsi qu'en Allemagne pour les cafés).

Un autre frontalier, usager du train, devra par exemple porter son masque dans les rues de Thionville ainsi que dans le TER mais pourra l'ôter une fois sorti de la gare de Luxembourg-ville, alors que le virus circule activement des deux côtés de la frontière.

Le but n'est évidemment pas de comparer les mesures et écarts de législation entre plusieurs États souverains. D'ailleurs, qui dit que ces mesures ne seront pas inversées dans deux mois? C'est surtout l'occasion d'en constater leurs conséquences: ceux qui bénéficient le plus de l'Europe peuvent aussi être les premiers à en expérimenter les limites.

L'Union peut-elle devenir plus harmonieuse dans sa réaction face au virus? Le veut-elle seulement? Après la douloureuse question de la réouverture des frontières cet été, et compte tenu des spécificités sanitaires de chacun, il serait absurde d'imaginer tous les pays s'aligner sur des restrictions similaires. Au point d'envisager cette réaction désorganisée comme le mieux que l'Europe puisse faire à l'heure actuelle. Avec tous les paradoxes que cela implique.