Avant même qu'on nous impose le masque et la distanciation, les bises ont été proscrites. Un changement culturel de taille.

Salut (bise), tu (bise) vas (bise) bien? Qui n'a pas e n tête la chanson parodique des Inconnus où les protagonistes se font trois bises "en l'air".

Les Français et les Belges font des bises, beaucoup de bises. Parfois quatre ou cinq juste pour se dire bonjour. Parfois à des inconnus. En commençant à droite ou à gauche...

D'autres cultures n'en font qu'aux proches, certains se serrent la main, s'étreignent (un "hug" américain n'est pas vraiment un câlin), se checkent (une main, deux main, le poing, un claquement de doigts... Il faudrait une thèse de doctorat rien que sur les significations variées et tribales de ces gestes)...

Dans certains pays, on joint les mains, on s'incline, on se frotte le nez, on se tire la langue. Les militaires portent la main à la tempe, les scouts lèvent trois doigts...

Il n'y a pas à tortiller: la bise est culturelle. Et depuis la pandémie de coronavirus, on nous a bien dit qu'il fallait garder ses distances et ne pas se faire de bises (ni se serrer les mains, vecteurs de microbes et virus aussi).

SANS CONTACT

Comme les cartes de paiement, les salutations se font désormais "sans contact". De nouveaux signes ont commencé à remplacer la bise: le "coude à coude", le cognement de pieds, la main sur le cœur ou encore le "bonjour" en langue des signes (qui consiste à porter la main à la bouche un peu comme on envoie un baiser).

Cela ravit certains qui sont heureux de se débarrasser d'un geste perçu comme intrusif, sexiste (on embrasse les femmes sans leur demander leur avis alors que les hommes se serrent la main) ou simplement fastidieux et chronophage (à 15 dans l'open space, le rituel de la bise matinale prend un temps considérable). D'ailleurs le #nokiss est en train de prendre de l'ampleur avec une série de témoignages et de bonnes raison de ne pas vouloir coller son visage à celui d'inconnus.

Car, contrairement à la poignée de main, qui impose une distance naturelle entre les corps, le fait de se toucher la joue enclenche l’action d’entrer dans la sphère privée de l’autre.

On peut penser que la bise reviendra quand la menace du virus disparaîtra, surtout dans les relations amicales ou familiales. La bise sera réservée aux moments importants de la vie ou pour exprimer de la tendresse envers ses proches. Mais ce sera plus facile de la refuser.