Après plusieurs mois d'angoisse, la vague de coronavirus est passée... mais elle a oublié d'emporter avec elle les théories de complotistes acharnés.

Le coronavirus ne sera pas de l'histoire ancienne avant un bon moment, même si un semblant de vie normale reprend petit à petit partout dans le monde. Ce qui était "moins qu'une petite grippette", comme on a pu le lire des centaines de fois sur les réseaux sociaux avant le mois de mars, a fait des ravages que même les médias, vous savez, ceux "qui en font toujours trop", n'avaient pu anticiper. Heureusement, pendant que le personnel soignant se battait sans relâche pour combattre le virus, on a moins entendu tous ces complotistes toujours prompts à jouer au plus malins sur les réseaux sociaux, ceux qui savent tout des médias sans jamais avoir mis les pieds dans une rédaction.

De ces reproches formulés à l'égard de la presse, on est passé à des reproches à l'encontre des gouvernements, accusés de ne pas en faire assez, de ne pas avoir anticipé les ravages de la maladie -par exemple avec des stocks de masques trop limités- et de cacher la réalité pour ne pas étaler leur incompétence au grand jour.

"PLANDÉMIC", LA PANDÉMIE PLANIFIÉE

Mais la vague passée, les complotistes sont de retour. Et avec eux, la théorie d'une machination savamment orchestrée. Dernièrement, une vidéo produite aux Etats-Unis a fait le buzz sur la toile. Baptisée "Plandemic" et publiée le 4 mai, elle a été vue plus de 8 millions de fois sur les réseaux sociaux en une semaine, d'après le New York Times. Il est difficile de la retrouver dans la mesure où Youtube et Facebook la dépublient à chaque fois qu'un internaute tente de la diffuser.

Dans cet extrait de 26 minutes, sorte de trailer d'un documentaire à venir, une scientifique américaine, Judy Mikovits, explique que le virus a été manipulé dans un laboratoire entre les Etats-Unis et Wuhan, berceau de la pandémie, et qu'il s'en est échappé. Elle précise au passage que les vaccins contre la grippe augmentent le risque d'attraper le Covid-19 de 36%, ce qui ne repose sur aucune étude scientifique, ont réagi plusieurs médias scientifiques, comme Science.

Cette "infodémie", comme l'OMS nomme désormais la désinformation, a pris le relais d'autres théories farfelues, apparues en pleine crise. Pèle-mêle, on a pu lire que des athlètes américains auraient sciemment importé le virus en Chine lors d'une compétition en octobre; que le fondateur de Microsoft, Bill Gates, aurait participé à l’invention et à la propagation du virus pour régler la question de la surpopulation; ou que le gouvernement français a propagé le virus grâce aux antennes 5G dans le but d’éradiquer la révolte des gilets jaunes! La liste est loin d'être exhaustive...

EH NON, CE N'ÉTAIT PAS QU'UNE GRIPPE

Sur les réseaux sociaux, certains osent même revenir avec leur discours du "monde d'avant", lorsque le coronavirus n'était qu'un épiphénomène (à leurs yeux) et que les médias jouaient (à leurs yeux) leur rôle préféré: celui de faire peur pour vendre des journaux, faire de l'audience ou du clic. Ceux-ci continuent régulièrement d'être accusés de "manipuler les masses par la peur" et "d'être complice de la terreur qui s'installe" parce qu'ils diffusent une vérité inquiétante.

La comparaison avec la grippe saisonnière "qui tue plus mais dont on ne parle pas autant", était déjà ridicule à l'aube de la propagation de ce nouveau coronavirus, dont on ne connaissait pas encore les ravages. On ne les connaît toujours pas totalement trois mois plus tard, certains patients se plaignant de séquelles plusieurs semaines après être sortis de l'hôpital. Mais on sait que le Covid-19 est beaucoup plus dangereux que la grippe.

Comptabiliser le nombre de personnes décédées à cause d'un virus est plus compliqué qu'il n'y paraît, mais dans certains pays, la maladie a fait plus de morts sur une période plus courte que la grippe saisonnière. C'est le cas en France, où plus de 20 000 décès étaient attribués au coronavirus en avril alors que la grippe tue entre 10.000 et 15.000 personnes par an selon Santé publique France.

Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, l'a lui-même affirmé: "nous savons que le Covid-19 se répand rapidement et nous savons qu’il est mortel : 10 fois plus que le virus responsable de la pandémie de grippe de 2009."

QUAND LA VÉRITÉ FAIT PEUR, ACCUSONS LES MÉDIAS

Quinze ans après la fin de l'épidémie de SRAS qui a fait paniquer la Chine et Hong Kong, le "Sars-CoV-2" (nom donné à ce nouveau coronavirus pour "Syndrome Aigu Respiratoire Sévère" et CoV pour "COronaVirus") a infecté plus de 5 millions de personnes dans le monde, dans 196 pays. Il a tué au moins 340.000 personnes. "Au moins" car les chiffres officiels donnés par certains gouvernements et leur ministère de la santé sont mis en doute.

En France, le Réseau européen de recherche en ventilation artificielle a par exemple affirmé fin avril que le taux de mortalité était sous-estimé de 20 à 30%. En Italie, la sécurité sociale évalue le nombre réel de décès à +50% des chiffres officiels donnés entre mars et avril. Pays le plus touché par la pandémie, les Etats-Unis ne coupent pas à ce scepticisme, notamment à New York où une étude des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) s'est étonnée, mi-mai, que des milliers de morts n'ont pas été comptabilisés. Le virologue belge, Steven Van Gucht, a d'ailleurs affirmé qu'il fallait multiplier par deux le nombre de morts liés au Covid-19, si l'on voulait être plus proche de la vérité.

Cette vérité, que les complotistes ne veulent ni voir ni entendre, a été bouleversante à écouter, au détour de l'interview d'une infirmière sidérée par l'ampleur des dégâts et par le manque de moyens des hôpitaux, d'un jeune sportif cloué dans son lit et à qui un traitement a été prescrit pour plusieurs mois, de personnes choquées par la perte soudaine d'un proche, y compris ceux qui ont parfois été négligés car le coronavirus était devenu la priorité de tous, enterré ou incinéré dans l'ombre.

Mais chuuuuut, la vérité fait parfois peur, alors bouchons-nous les oreilles, accusons les médias et inventons plutôt de nouvelles théories...