L'index devrait évoluer pour devenir forfaitaire. Sans cela, la perte du pouvoir d’achat des bas salaires ne sera pas compensée.

Le mécanisme d’indexation des salaires est simple: les tranches indiciaires sont déclenchées lorsque l’inflation atteint un certain seuil, synonyme d'écart important entre les salaires et les prix à la consommation.

Prenons un exemple: lors du déclenchement du mécanisme d’indexation, une caissière dont le salaire mensuel est de 3.000€ voit son revenu augmenter de 75€. Le salaire d’un employé ou fonctionnaire de 6.000€ est lui augmenté de 150€. L’écart entre les deux salaires – avant les impôts, je reviendrai là-dessus – passe de 3.000 à 3.075€.

Admettons que l’année suivante, le mécanisme d’indexation soit une nouvelle fois activé. Le salaire de la caissière augmentera alors de 77€, celui de l’autre salarié augmentera de 154€. Dans tous les cas, le salaire B reste deux fois plus élevé que le salaire A. Néanmoins, en chiffres absolus, l’écart se creuse lors de chaque indexation: cet écart est porté à 3.152€, contre 3.000€ deux index plus tôt. Le salarié le mieux loti s'enrichit donc plus vite que le moins bien loti, signe que les inégalités augmentent.

Seuls Jean-Claude Juncker et le Parti Pirates osaient ou osent encore défendre l’idée d’un "index plafonné". Et oui, on connaît les arguments de leurs détracteurs. D’une part, un index plafonné rapprocherait les salaires sur le long terme. D’autre part, cela signifierait la fin du système en tant que tel. Enfin, d'aucuns considèrent qu'il faudrait combattre les inégalités par voie fiscale. Penchons-nous donc là-dessus.

REFORMER LA FISCALITÉ... ET L'INDEX

Argument numéro 1: c'est faux, le plafonnement de l'index ne rapprocherait pas les salaires. Si, plutôt que de verser une tranche de 2,5% de chaque salaire individuellement, l’on versait une somme forfaitaire calculée sur base d’une moyenne calculée elle sur la masse salariale, les écarts de salaire resteraient les mêmes mais les inégalités cesseraient de croître. Ainsi, avec notre exemple précédent et un index forfaitaire de 50€, l'écart de 3.000€ serait stable, mais le salaire B ne correspondrait plus au double du salaire A.

Argument numéro 2: au contraire. Sans modification, le système actuel finira par perdre son sens: au bout de 5 années d'index à 2,5% (notre système actuel), l’écart entre les deux salaires de notre exemple se creusera de 400€. Ainsi, la tranche versée au salaire bas ne remplira plus la fonction d'origine de l’index, à savoir la compensation de la perte de pouvoir d’achat, car l’inflation ne tient pas compte de la différence des salaires.

Venons-en au troisième argument, selon lequel il faudrait passer par la voie fiscale pour combattre la croissance des inégalités: oui, absolument. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Au contraire, il faut réformer l’index et la fiscalité.

Les politiciens et les partenaires sociaux feraient bien d’expliquer au grand public comment fonctionnent les taux d’imposition marginaux. Malgré un système fiscal est progressif, les écarts ne sont pas amenés à se réduire. Les taux marginaux sont d’ailleurs largement moins élevés qu’après le deuxième Guerre mondiale.

Notons que je n’ai même pas évoqué l’imposition favorable sur les actions, les dividendes et autres spéculations. Comme dans l’immobilier par exemple, dont les prix ne font d’ailleurs pas intégralement partie du panier qui sert au calcul de l’index. Et je n’ai pas abordé les aspects écologiques de l’index et de la fiscalité.

La croissance des inégalités ou les fossés qui se creusent sont des sujets abordés depuis longtemps en politique. Mais cela fait aussi très longtemps que la politique tourne autour du pot. Si elle ne souhaite changer quoi que ce soit, qu’elle arrête de faire semblant de s’en soucier.