Elles sont en première ligne depuis des décennies, ont vécu les pires tragédies et accompagné les plus grands progrès médicaux. Aujourd'hui, mardi 12 mai 2020, la journée internationale des infirmières ne doit pas être une journée comme les autres.

Elles entendent le premier cri d'un nouveau-, et accompagnent le mourant jusqu'à son dernier souffle. Avec courage et abnégation, elles vivent dans un univers fait de joie et de désespoir, de douleur et de rémission, de vie et de mort.

Pensez-y à chaque fois qu'elles viennent à votre chevet: les infirmières sont entièrement dévouées à votre bien-être, et elles le seront malgré la fatigue, la souffrance, le manque de moyens, et même malgré vous, s'il le faut.

Ce n'est pas pour rien que partout dans le monde, leur profession est souvent rangée parmi les plus honnêtes et plus éthiques de toutes. Car ces femmes donnent du sens à ce que la médecine a de plus fondamental: le don de soi, au services des autres.

QUI EST FLORENCE NIGHTINGALE?

Ce 12 mai, c'est la journée internationale des infirmières. Encore une journée internationale, direz-vous, coincée entre deux autres journées internationales dont on ne se soucie pas davantage. Intéressons-nous pourtant à ce 12 mai, car il nous mène jusqu'à une certaine Florence Nightingale.

Qui est Florence Nightingale? Une héroïne hélas méconnue de la médecine. Née le 12 mai 1820 à Florence, morte le 13 août 1910 à Londres, cette britannique a tout simplement ouvert une nouvelle profession aux femmes, en popularisant la formation des infirmières.

Elle est devenue célèbre en soignant  les blessés et en luttant contre les maladies infectieuses pendant la guerre de Crimée (1854-1856) . Ses patients l'avaient alors très joliment surnommée "la Dame à la Lampe", car en plus de prodiguer des soins toute la journée, jamais sa lampe à pétrole ne s'éteignait le soir, qu'elle soit assise à son bureau ou bien au chevet de ses soldats. Mais sa vie romanesque ne pouvant pas être résumée en quelques lignes, intéressons-nous surtout aux contributions de cette pionnière:

  • Elle a définit que chaque patient a des besoins individuels, que le rôle de l'infirmière vise à satisfaire ces besoins et à prendre en compte les dimensions santé-maladie des soins infirmiers. Elle a aussi été une pionnière de l'utilisation des statistiques dans le domaine de la santé.
  • Elle a fait des soins infirmiers une occupation respectée en établissant une formation, en soulignant l'importance d'une éducation continue, et en distinguant les soins infirmiers de la médecine. "Une bonne pratique infirmière ne grandit pas seule; elle est le résultat d'études, d'enseignement, d'entraînement, de pratique, qui se finalise dans une base solide qui peut se transférer dans tous les milieux, auprès de tous les patients" disait-elle.
  • Elle n'était pas seulement motivée par son empathie pour la condition humaine, mais aussi par sa révolte devant le rôle qui était alors dévolu aux femmes. Pour elle, le genre ne devait pas être un obstacle à la participation à la vie publique, les femmes devaient pouvoir obtenir des postes à responsabilité et placer sous leur autorité d'autres femmes qui auraient la possibilité de gagner leur vie et de poursuivre une carrière indépendante.

200 ANS APRÈS, LE COMBAT CONTINUE !

Deux cent ans après la naissance de cette femme extraordinaire et méconnue, son héritage est bien vivant. Partout, dans chaque hôpitaux. Mais quand on repense à ses combats - pour la formation continue, pour l'égalité homme-femme, pour une médecine plus "humaine..."-, on ne peut décemment pas se reposer sur nos lauriers. Le combat continue.

Et "l'amélioration des conditions de travail de l'art infirmier", l'un de ses combats, refait cruellement surface, maintenant que nous sommes plongés dans une grave crise sanitaire.

"On n'a pas assez de matériel, pas assez de lits, pas assez de tests. Il faut que le corps de chacun soit capable de supporter le Covid-19 car ce n'est que le début de la catastrophe" déclarait une infirmière à RTL 5 minutes en mars dernier. / © Shutterstock

Dans trop de pays, la pénibilité de ce métier est rendu intenable par le manque de moyens, et la crise du Coronavirus vient jeter du sel sur cette plaie ouverte. Il faut écouter et partager ces témoignages de personnes à bout de souffle, comme ici ces infirmières strasbourgeoises qui racontaient récemment à l'AFP leur traumatisme:

  • "Dans le vif du sujet, c'était difficile de se rendre compte de ce que ça nous faisait, mais maintenant on réalise qu'on a du mal à dormir ou à se recentrer sur soi-même", confie Pauline, infirmière au bloc opératoire, partie en renfort en réanimation au plus fort de la crise.
  • "D'habitude je dors comme un caillou, là j'ai le sommeil beaucoup plus léger", explique Estelle, revenue dans son service depuis deux semaines.

LE RETOUR DES "GESTIONNAIRES"

Car si les infirmières sont en première ligne avec les patients, elles le sont aussi devant les machettes des raboteurs de budget. Lorsque des gouvernements décident de "lâcher du lest", de "compresser les coûts", d"optimiser", ce sont elles qui tremblent pour leur avenir et pour celui de leur profession. Or, après avoir eu le sentiment d'avoir retrouvé "du sens" et de la considération pour leur travail pendant la crise du coronavirus, les soignant(e)s redoutent désormais le retour en force des "gestionnaires" qui détruisent l'hôpital public.

Des soignants se préparant avant leur travail à l'hôpital Spassokoukotski de Moscou, le 22 avril 2020. / © AFP

Voilà pourquoi les infirmières, et le personnel soignant dans son ensemble, méritent plus qu'une journée internationale qu'on oublie sitôt la page tournée.

La crise a jeté une lumière crue sur cette problématique, et les pays qui ont trop raboté les fondations de leur système de santé découvrent tardivement que la maison peut s'écrouler.

Si cette maison ne s'effondre pas, c'est parce que le personnel soignant, à travers son exceptionnel mobilisation, la tient à bout de bras. N'attendons pas qu'il soit à bout de force pour le soulager.