L'OMS recommande de jouer aux jeux vidéo durant le confinement: un comble quand on sait qu'elle met la population en garde contre les potentiels méfaits du média depuis plusieurs années...

Il y a presque un an, l'OMS reconnaissait officiellement "le trouble du jeu vidéo", en balisant mollement une certaine forme d'addiction. Cette maladie difficile à cerner, fortement contestée (quand une passion devient-elle une addiction?), et qui découle d'un comportement excessif, se limitait jusque-là à quelques exemples, dans les médias, de gameurs(ses) sacrifiant leur sommeil sur l'autel des récompenses virtuelles.

Pour l'OMS, cette maladie se caractérise par "une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables." Il n'en fallait pas moins aux féroces détracteurs de la première heure pour dégainer les sempiternelles associations jeux vidéo = violence = danger = addiction. Chacun se sentant libre d'affirmer, selon ses propres limites, que tel centre d'intérêt prévaut de facto sur le jeu vidéo et que si tel n'est pas le cas, que si la vaisselle n'est pas faite ou que l'on décline une soirée (où d'autres formes d'addictions avérées et plus graves sont assumées et monnaie courante...), il y avait forcément addiction, donc maladie, donc médicament ou thérapie.

Certes, l'OMS a souligné qu'il fallait observer des comportements et des altérations sévères durant douze mois pour pouvoir parler de maladie. Mais sans avoir tranché sur un nombre d'heures quotidien ou hebdomadaire qui serait considéré comme problématique. Chaque blog a son avis sur la question, chacun a sa petite définition bien personnelle de ce qu'est une addiction. Ce qui est bien commode lorsqu'il s'agit de relativiser les siennes... Chez les experts, il n’existe tout simplement pas de consensus sur cette question.

"L’idée que l’addiction puisse s’appliquer à l’usage d’objets qui ne sont pas des drogues (comme le travail ou le jogging…) pose un lourd problème, car toute passion peut alors être pathologisée, que vous fassiez du radiomodélisme ou que vous passiez votre temps à jouer aux échecs ou à lire… On débouche très vite sur des positions paradoxales, voire intenables" s'est indigné le psychanaliste Yann Leroux, dans les colonnes du Monde, il y a quelques années. Aujourd'hui, ses propos sont toujours valables.

DE POTENTIELLEMENT ADDICTOGÈNE À BON POUR LE MORAL

Et puis, il y a quelques semaines, avec la douloureuse arrivée du coronavirus et des mesures de confinement imposées dans de nombreux pays, le jeu vidéo est passé de potentiellement addictogène à bon pour le moral. Fin mars, l'OMS a soutenu officiellement une campagne menée par plusieurs éditeurs de jeux vidéo, baptisée "PlayApartTogether", encourageant à respecter la distanciation sociale tout en se rapprochant les uns des autres de manière virtuelle, en jouant ensemble. Ce qui était évident pour bon nombre de joueurs depuis longtemps apparaissait alors comme une fabuleuse découverte pour l'agence mondiale: le jeu vidéo n'est pas l'affaire d'individus isolés dans une cave, il nourrit aussi les relations sociales. Il ne manquerait plus qu'elle se rende compte qu'il peut également avoir un impact (positif) sur des fonctions cognitives !

"Les entreprises de l'industrie des jeux ont une audience mondiale - et nous encourageons tout le monde à #PlayApartTogether (jouer chacun de son côté, mais ensemble). Plus de distanciation physique + d'autres mesures aideront à aplanir la courbe + à sauver des vies" a affirmé sur Twitter Ray Chambers, l'un des plus hauts représentants de l'OMS. En ces temps difficiles, jouer aux jeux vidéo est donc devenu, en quelque sorte, bon pour la santé morale, donc mentale.

Depuis, les éditeurs de jeux vidéo sont nombreux à créer des événements spéciaux, y compris dans les mondes virtuels, les promotions fleurissent dans les boutiques en ligne et les messages de distanciation sociale sont répétés à l'envi.

Des sportifs professionnels, des pilotes de Formule 1 par exemple, se sont donnés rendez-vous sur leur console pour poursuivre la compétition de manière ludique. Sur RTL 5minutes, nous proposons ainsi depuis trois semaines une nouvelle rubrique "Un jour, un jeu vidéo", jusqu'au déconfinement (total).

Très récemment, le cabinet Superdata a souligné "cette manière de garder le contact avec les autres et de se divertir en sécurité" à l'heure de révéler les revenus records générés par les jeux vidéo durant le mois de mars, soit 9,3 milliards d'euros ! L'un d'entre eux, Animal Crossing: New Horizons, jeu sur Switch mignon et coloré, est régulièrement cité pour ses qualités apaisantes.

Aujourd'hui, les jeux vidéo prennent leur revanche sur une ribambelle de bien-pensants. "La revanche des jeux vidéo": dans cette vidéo signée Konbini Techno, Olivier Duris, psychoclinicien, explique ainsi pourquoi la pratique massive du jeu vidéo n'est pas inquiétante et constitue même une bouffée d'air frais dans ce climat anxiogène.

"Enfin, les gens qui étaient absolument anti-écrans vont pouvoir mettre de l'eau dans leur vin parce qu'ils se rendent compte que les écrans, justement, peuvent-être d'une grande utilité quand on est confiné." Il a fallu qu'un drame comme cette pandémie du coronavirus frappe l'humain de plein fouet pour qu'on s'en rende compte...