Collaborateur de notre série "Je confine donc je suis", Cyril Tarquinio, psychologue et professeur à l'Université de Lorraine, signe, à quatre mains avec son épouse Pascale, un texte éclairant sur la gestion parentale de nos chères têtes blondes pendant cette crise.

Depuis le début de la pandémie et les mesures pour tenter de lutter contre la propagation du virus, un nombre en expansion de ressources et autres boîtes à outils fleurissent afin de nous aider à traverser cette crise inédite. Nous pouvons y trouver des explications sur les conséquences psychologiques sur les adultes et des solutions pour remédier à leurs effets… Mais qu’en est-il pour les enfants? Qui, rappelons-le, sont les premiers à avoir "subi" le confinement avec la fermeture des écoles.

PARCE QU'ILS N'ONT PAS LES MOTS...

Si les enfants ont une facilité extraordinaire à mobiliser rapidement leur capacité à s’adapter aux situations, il n’en demeure pas moins qu’ils peuvent avoir plus de mal à dire, exprimer, dévoiler ce qui est difficile pour eux. Parce qu’ils n’ont pas les mots, parce qu’ils ne connaissent pas leurs émotions, parce qu’ils sont trop petits… Pire encore, parce qu’ils veulent protéger l’entourage, les "Grands", ils gardent ces expériences au fond d’eux. Or, on sait aujourd’hui que ces blessures, telles que les conséquences du virus, peuvent rester silencieuses et faire surface plus tard, à l’âge adulte, sous la forme de troubles physiques ou psychiques.

Que faire?

Quand un enfant pleure ou a peur, on a souvent, comme premier élan, la démarche de lui dire ne pas pleurer ou de ne pas avoir peur et de faire tout pour qu’il arrête. Et, lorsque c’est le cas, de penser que le problème est résolu. En réalité, on a surtout apaisé notre propre désarroi, notre propre sentiment d’impuissance.

DIRE "C'EST RIEN" NE VA PAS LES RASSURER

Si cette démarche  d’apaiser est importante, elle doit s’accompagner d’échanges, vrais et transparents. Les enfants savent quand cela sonne faux! Autrement dit, dire aujourd’hui aux enfants que le coronavirus "c’est rien" ou que cela "ne nous inquiète pas", cela ne va pas les rassurer, mais au contraire les conduire à ne plus en parler. Des questions ouvertes, simples comme: "Et toi, qu’est-ce que ça te fait de ne plus sortir? De ne plus aller à l’école? De ne plus voir ton maître, ta maîtresse? Tes copains copines? Tes grands-parents ?"… Ou encore: "Et toi, qu’est-ce que tu sais du virus", "Beaucoup de gens ont peur ou sont tristes, toi, ça t’arrive aussi?" sont des façons d’accéder à l’univers des enfants et d’aborder leur propre mode de gestion et de compréhension de la situation.

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N’oublions pas que les enfants ont leur propre niveau d’analyse qui est directement en lien avec leur niveau de développement et donc de raisonnement. Mais, plus encore, ils sont influencés par la façon dont les informations leurs sont transmises. Ce qui est traumatisant pour eux, ce n’est pas tant la peur ou la tristesse qu’ils peuvent éprouver que la façon dont les parents ou leur entourage vivent cet événement. Des enfants qui sont avec leurs proches qui vivent bien leur confinement, les contraintes imposées et qui échangent de façon pondérée sur les conséquences du virus sont moins exposés à des conséquences traumatiques de la situation. Les enfants qui sont confrontés au stress des parents, aux informations télévisées en boucle, à un parent malade ou qui sort de la maison pour son travail, qui ont entendu que les enfants transmettent le virus et qui ont un proche qui est tombé malade, voire qui est décédé, qui se trouvent au cœur de conflits entre les parents ou, pire, exposés à de la violence intrafamiliale, sont exposés à un dommage collatéral du virus!

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En outre, et de façon complémentaire, il existe des dispositifs qui permettent de compléter cette posture parentale. Ils sont aujourd’hui disponibles gratuitement (au bout de ce lien par exemple). Ils ont l’immense avantage de doter les enfants de compétences nouvelles et susceptibles de potentialiser leurs ressources adaptatives. Mais attention, ils ne sont que des ressources complémentaires qui ne dédouanent en rien les parents de leur rôle de "figure rassurante" face à cette situation que nous traversons et qui ne se substituent aucunement à une prise en charge psychothérapeutique avec un professionnel si cela s’avère nécessaire.

Pascale Tarquinio, psychothérapeute, chargée de cours à l’Université de Lorraine, Centre Pierre Janet

Professeur Cyril Tarquinio de l'Université de Lorraine, Centre Pierre Janet