Nous ne savons pas combien de temps durera la crise que nous traversons. Mais il y aura certainement un "avant" et un "après". Et si c'était l'occasion de se réinventer. Nous avons demandé à une série de personnes comment elles s'imaginaient l'après: artistes, sociologues, psychologues, architectes, philosophes, économistes... nous livrent leurs pensées.

Pour René Mathieu, chef du restaurant La Distillerie et auteur du livre "Végétal", c'est vers la nature et le local qu'il faut se tourner.

Le 14 mars à minuit, les restaurants ont fermé leurs portes et tiré leurs rideaux, avec l'interdiction stricte de recevoir leur clientèle. Touché de plein fouet par ces mesures, je me suis dit, dès le lendemain qu'il fallait transformer ce temps disponible en une réflexion positive.

Notre société doit changer, la nature doit être respectée. On peut réapprendre à vivre avec peu, mais vivre mieux. Reprendre la maîtrise de son temps, de son espace, de son esprit, et se consacrer à l’essentiel. Faire mieux avec moins. Le bonheur, ce n’est pas d’avoir ce qu’on désire mais de désirer ce qu’on a.

La nature assure la survie de l'homme. Elle est pour lui une source d'enseignement et de richesse. Et lui apporte bien-être et plaisir. L'homme a donc intérêt à respecter et préserver la nature. C'est une question de survie.

Si nous détruisons et malmenons la nature, nous nous mettons en danger. Nous sabotons notre nourriture, nous compromettons notre survie future, nous limitons nos possibilités de découvertes, nous entravons le développement de notre civilisation. Préserver la nature n'est donc pas seulement un caprice de doux rêveur, amoureux des fleurs et des oiseaux

Il faut profiter de cette crise pour réfléchir à la gastronomie de demain et retenir les leçons positives pour aller de l'avant. Je pense qu'il va falloir freiner nos désirs de toujours plus, de voyages incessants, d'exotisme, en nous réorientant vers le local. Il va falloir dynamiser l'économie et la production qui sont autour de nous.

La fermeture des restaurants ne m’a pas fait peur. Mais pour la réouverture, une tâche redoutable qui nous attend. Mon rôle et celui de mes amis chef sera d'être plus proches de notre environnement dans nos assiettes afin faire vivre le local, sans pour autant abandonner l'idée d'évasion et surtout de plaisir. Il faut que nos politiciens prennent également conscience de cette nécessité et viennent en aide aux artisans au monde agricole

Pour l'heure, on ne sait pas quand et comment va se dérouler le déconfinement. Mais on ne pourra pas faire comme si tout était après comme avant. Nous devons nous préparer à changer nos mentalités si l'on veut que cela se passe bien. Je veux de rester optimiste pour l’avenir. Je l'espère meilleur et différent.

J’espère que les gens vont prendre conscience de la bêtise humaine, des incohérences de certains modes de vie et qu’ils prendront le temps de réfléchir à tout cela... Qu’ils arrêteront de courir, qu'ils passent du temps en famille et avec leurs enfants. Il aura fallu ce burn out mondial pour une prise de conscience que le vrai luxe ce n'est plus l'argent, mais le temps...