Pendant et après la crise du coronavirus, ce sont, et ce seront, les plus défavorisés qui payeront le plus. La crise actuelle comme toutes les crises débouchera sur de nouvelles normalités. Il faut poser les justes jalons.

Toute crise permet de réaliser des changements impensables avant la crise. Les mesures anti-terroristes après les attentats du 11 septembre 2001 telles que le "patriot act", sont désormais une normalité. Dans le monde financier se substituait à la phase de "dérégulation" d'avant 2008 une phase de régulation. Alors que la crise du coronavirus n’est pas encore terminée, il faut justement décider maintenant quelles seront les nouvelles normalités.

Le Luxembourg, grâce à son niveau de vie élevé jouit d'une bonne position de départ. Malgré cela, les inégalités sont frappantes, comme le décrivait très bien France Clarinval dans son dernier éditorial.

Que l’on vive dans un studio ou dans une maison avec jardin, que l’on travaille dans les secteurs de santé, de l’alimentation, de livraison, de sécurité, du nettoyage: on ne vit pas le confinement de la même façon. Les inégalités dans le système scolaire sont renforcées. Les CDD, les indépendants, les petites entreprises, tous ceux qui n’ont pas de capital de côté souffriront les premiers des conséquences négatives de la crise. L’aide de secours, le programme de stabilisation du gouvernement, en tient compte, en partie. Mais cela ne suffira pas.

Les mesures qui pourraient véritablement réduire les inégalités sont complexes et pas toujours populaires, car mal comprises ou parce qu'elles représentent une rupture avec le statu quo. Et pourtant elles existent. Sans parler de la crise climatique qui ne saura être résolue sans respecter une justice sociale, le monde doit inverser la vapeur. Le monde a le temps pour préparer ces mesures, les calibrer et les expliquer.

SÉLECTION NATURELLE VS ÉGALITÉ DES CHANCES

L’auteur Yuval Noah Harari écrivait que le monde fait face à un double choix: d'une part, un monde de surveillance totalitaire face à l'autonomisation des citoyens, d'autre part, un monde d’isolationnisme national face à un monde de solidarité internationale.

Plutôt que des nouvelles applications pour surveiller la santé de chaque individu en direct, plutôt que des frontières fermées, plutôt que des dettes publiques toujours plus profondes, on pourrait s’imaginer ces nouvelles normes: un revenu universel garanti, des taux marginaux d’imposition aux niveaux des années 50, une imposition sans faille des capitaux immobilisés, ainsi que des investissements massifs dans la recherche, la santé et l’éducation...

Pour en finir avec le darwinisme social actuel – la sélection naturelle – la crise du coronavirus devra déboucher sur un monde d’égalités des chances et de solidarité juste.

NDLR: cet éditorial est une traduction du texte publié par François Aulner en langue luxembourgeoise sur RTL.lu