Cette lapalissade de Francis Blanche n'a jamais été aussi appropriée qu'à la situation à laquelle nous faisons face actuellement. La crise sanitaire que nous vivons aggrave les inégalités sociales.

Déjà dans nos pays où le système de santé est développé, la sécurité sociale est efficace et l'État est plus que jamais providentiel, l'épidémie de coronavirus rend les inégalités sociales visibles, palpables, criantes.

On n'est pas égaux face au confinement que l'on vive dans un appartement plus ou moins salubre et sous-dimensionné ou dans un espace confortable où chacun à sa chambre, où l'on peut profiter d'une terrasse ou d'un jardin. Les amis ne sont pas là pour partager le barbecue, on leur envoie des photos. Dans un premier temps, les classes supérieures ont été surexposées au virus par leur nombre élevé de contacts sociaux et la fréquence de leurs déplacements. Malades avant les autres, ils ont été pris en charge dans des services moins engorgés, moins fatigués, moins exposés.

Mais désormais, le personnel de santé, ainsi que toute une frange généralement peu visible ou en tout cas peu valorisée de la société – personnel de nettoyage, de supermarché, de sécurité, de livraison – devient indispensable au bon fonctionnement des villes confinées mais se trouve aussi en première ligne et plus exposé que n'importe qui d'autre. Ils ne peuvent pas télétravailler et côtoient trop de monde pour réellement se protéger.

L'ÉCOLE REPRODUIT LES INÉGALITÉS

Autre écueil inégalitaire: la continuité pédagogique proposée par les ministres de l’éducation dans la plupart des pays. Si l'école, en temps normal a déjà tendance à reproduire les inégalités des familles, cette période risque bien de faire loupe et de les renforcer. Les conditions matérielles ne sont déjà pas toujours remplies: avoir un ordinateur, une tablette, une connexion internet, un espace dédié n'est déjà pas le cas pour tout le monde.

Les conditions professionnelles ou sociales sont plus ténues et donc plus difficile: maîtrise de la langue de l'école, compréhension des consignes et des règles, temps à consacrer aux apprentissages.

AILLEURS C'EST PIRE

Dans les pays où le chômage, la sécurité sociale, les filets des aides publiques font défaut – aux États Unis notamment – la crise sanitaire se double d'une crise sociale sans précédent: des milliers de gens perdent leur emploi (notamment dans la restauration, où ce sont souvent des immigrés et des classes populaires qui travaillent) et la couverture sociale qui l'accompagne quand elle est là.

Si l'épidémie du coronavirus met déjà sous pression les systèmes de santé les plus avancés que dire des zones de guerre ou des camps de réfugiés où l'accès à l'eau potable et à un espace pour s'isoler ne sont déjà pas envisageable, les tests, les respirateurs, les masques, les solutions hydroalcooliques... n'en parlons pas.

Chacun aujourd'hui y va de ses pronostics plus ou moins optimistes sur ce que sera l'après-coronavirus. Une chose est sûre: les inégalités seront toujours là et plus marquées. C'est à les réduire que nous devons nous ateler dès maintenant.