Voilà, c'est officiel, nous sommes en état de siège, cernés par ce foutu coronavirus. Du coup, j'ai testé (comme vous?) la mission "rations de survie" dans un supermarché à la frontière.

Vendredi 13 mars, 9h, dans un supermarché à Audun-le-Tiche: "Je ne trouve plus de gruyère! J'en ai besoin pour mes corneilles" m'explique une dame. Pardon? "Bah oui, pour les nourrir. On voit de moins en moins d'oiseaux, faut les aider eux aussi. Moi, je vous le dit, ça va mal, ça va mal..."

Je suis perplexe: on est le "jour d'après", et cette consommatrice s'inquiète plus pour ses oiseaux que pour son frigo. Est-ce rassurant ou flippant?

Il est 8h30, le supermarché est déjà bien rempli... / © Mobile Reporter

Car la veille, les gouvernements français et luxembourgeois ont annoncé une série de mesures drastiques pour freiner l'épidémie de coronavirus. Depuis, une alarme s'est déclenchée dans l'esprit de millions de gens: "vite, au supermarché". Et aussi irraisonnable soit-elle, cette alarme ne semble pas prêt de s'éteindre.

"CE N'EST PAS LA GUERRE NON PLUS"

Les palettes d'eau, de PQ et de lait fondent à vue d’œil. / © Mobile reporter

Je croise un responsable rayon qui tape frénétiquement sur sa tablette. "C'est la folie depuis hier (NDLR: jeudi soir). J'ai reçu six palettes et tout est déjà parti".

Lait, eau, farine, oeufs... les produits de base sont pris d'assaut et les palettes se vident. Sur les réseaux sociaux, il pleut déjà des vidéos de scènes de bagarre pour des rouleaux de PQ. Rien de tout ça dans mon supermarché, même si la tension est palpable. Une cliente tente de calmer une autre: "Ce n'est pas la guerre non plus… mais il faut bien qu'on mange!"

Voilà pourquoi les discours rassurants sur les réserves alimentaires n'y feront rien. Tout comme les appels au calme qui ont été répétés ce week-end. Car dans l'esprit de beaucoup, une même conclusion s'imposera: "Parce que vous savez ce qui va se passer, vous? Moi, je préfère prendre des précautions". Bref, dépêchons-nous, et laissons aux retardataires le risque de devoir choisir entre la dernière andouillette et la dernière conserve de salsifis. Même si ce risque est pour l'instant minime.

DE LA BOUFFE OU DES FLEURS?

Un client achetant des fleurs (à gauche). Un produit de première nécessité, peut-être? / © Mobile reporter

Pendant qu'on patiente tous à la caisse, je suis saisi par l'image de ce petit vieux qui tient un sac de course dans une main et un bouquet de fleurs dans l'autre. Dans quelle main pense-t-il tenir un produit de première nécessité? La réponse ne me semble pas si évidente.

La caissière affronte avec fatalité ce raz-de-marée. En temps normal, la cadence est déjà élevée. Mais là, il faut que ça aille encore plus vite que d'habitude. Ce qui satisfait les clients qui attendent... jusqu'au moment où ils doivent à leur tour se dépêcher de poser et de récupérer leurs achats. "Désolé, trop de monde, peux pas ralentir" s'excuse la caissière. Même sa phrase est pressée. Souhaitons bon courage à tous les caissier(e)s qui vont subir ce déferlement.

En rentrant, je croise le marché du quartier. Tiens, les stands de légumes, les camions de bouchers et de fromagers ne sont pas pris d'assaut, eux. Je me dis que j'aurais dû y penser plus tôt. En plus, il dois y avoir certainement moins de risque de chopper le coronavirus ici, car le boucher ne vous laissera pas tripatouiller ses étales, et le maraîcher peut sélectionner pour vous ses légumes.

Je regarde mes sacs de course remplis de conserves et de produits sous vide. Ok, j'ai de quoi tenir un siège. Mais comme dirait la chanson, je me sens un peu comme le roi des cons sur son trône.