Une panne au niveau d'un volet roulant aurait dû me coûter 700 euros, à en croire un artisan. J'ai pourtant réussi à diviser la facture par 100. Eh, les gens, et si on arrêtait de se faire plumer?

Cher monsieur le dépanneur;

Il existe, dans la grande et belle confrérie des artisans, une minorité (on l’espère) de personnes comme vous. Les vrais pros vous surnomment des "traîtres", les clients des "escrocs", et ma grand-mère des "trous-du-cul sans fesse" (vous excuserez sa franche poésie). Bref, le néant absolu de la conscience professionnelle.

Il y a quelques semaines, un volet roulant motorisé est tombé en panne. Une panne trop prématurée pour être honnête. Mais on n'est pas réparateurs de volets à nos heures perdues, donc on a fait appel à un spécialiste. À vous. En croisant les doigts pour la facture.

Au téléphone, vous étiez déjà fataliste: "Ok, je vais venir prendre des mesures pour changer le moteur". Traduction: "Inutile de vous acharner Dr House, ce patient est déjà condamné".

FOUTU CONDENSATEUR

On vous accueille quelques jours plus tard. Vous appuyez sur le bouton, le volet ne monte pas, c'est donc foutu. Pas la peine de jeter un œil sur le moteur, "je vous envoie le devis". La facture tombe: près de 700 euros TTC. Nos derniers doutes s'envolent: ok, nous sommes donc officiellement des pigeons, et on va se faire plumer.

Car pas besoin de chercher longtemps pour comprendre que le devis est à la fois bâclé et gonflé. Mais, heureuse coïncidence, on connait un proche qui a eu exactement la même panne. Déjà, son devis était moitié moins cher. Et surtout, ce proche est votre cauchemar: c'est un vrai bricoleur. Donc il l'a réparé son volet, lui-même. Et pour pratiquement rien.

Le coupable s'appelle un "condensateur" m'explique-t-il. Son rôle, si j'ai bien compris, est d'emmagasiner de l'électricité pour faciliter le fonctionnement du moteur, en gros comme un "boost" (mes excuses aux pros). Ce que j'ai bien compris par contre, c'est que ce condensateur est le meilleur ami des vendeurs de volets et des "artisans" comme vous.

DE 700 EUROS À... 6,5 EUROS

Après s'être renseigné sur notre volet et avoir acheté un nouveau condensateur (6,5 euros exactement), ce proche débarque chez nous. La réparation prend deux ou trois heures, le temps de se familiariser avec le volet. Et ça marche. Depuis plusieurs mois, le volet refonctionne parfaitement.

Il y a quelques semaines, j'ai pu en apprendre davantage grâce à un Repair Café. Le concept de ces cafés est génial: des pros et d'excellents bricoleurs mettent leurs compétences au service des gens, souvent gratuitement ou pour une bouchée de pain (un article à lire ici).

Simon, 28 ans, est l'un de ces généreux bricoleurs. Il fait de la maintenance technique dans une institution européenne au Luxembourg. En écoutant mon histoire, il a sourit: "Ça ne m'étonne pas. Le condensateur a tendance à s'user et à lâcher avant le moteur. Donc on a souvent ce genre de soucis sur des volets escamotables, des portes..."  Sans vouloir généraliser, il précise ceci: "Il faut quand même avouer que si le constructeur est malveillant, cela fait partie des composants tout indiqués pour faire de l’obsolescence programmée...".

LES PIGEONS PEUVENT APPRENDRE À VOLER DE LEURS PROPRES AILES

Cher artisan, vous pourrez rétorquer, comme vos confrères honnêtes, que notre proche n'est pas un réparateur agréé et qu'il a pu commettre des erreurs. Je vous donne totalement raison sur ces deux points: rien ne peut remplacer un technicien qui connaît son métier. Mais cela n'excuse pas le fait que la source de la panne est une pièce qui coûte le prix d'un kebab, que vous avez pourtant facturé au prix d'un triple étoilé Michelin (évidemment, je n'ai rien contre le "supplément château Margaux", à savoir la main d’œuvre et la marge raisonnable, car tout travail mérite salaire).

Alors oui, j'imagine, cher artisan, vous vous foutez certainement de cette lettre. Pourquoi s'inquiéter? La société d'hyperconsommation est de votre côté, comme les nouvelles technologies qui rendent les objets du quotidien toujours plus complexes, fragiles, jetables, et leur réparation est souvent trop coûteuse pour valoir le coup. Le consommateur n'est qu'un esclave sans chaînes, qui n'a pas d'autres choix que d'acheter et racheter sans cesse.

Enfin, presque. Aujourd'hui, les pigeons ont aussi les moyens de voler de leurs propres ailes. Les Repair Café, les forums internet, les imprimantes 3D, le succès des cours de bricolage et de couture, le "do it yourself"... Sans oublier ceux qui abandonnent les produits hi-tech et décident de ressortir les bons vieux appareils plus rustiques, mais qui durent des années. Le consommateur veut se réapproprier ce qui l'entoure, et en a marre de cette obsolescence artificielle. Méfiez-vous de ces consommateurs-là, car ils ont les moyens de vous rendre obsolète, à votre tour. D'ailleurs, je suis certain que le confinement forcé des dernières semaines a réveillé chez certains des vocations de bricoleur.

Moi en tout cas, si un jour je dois vraiment remplacer ce volet, je passerai au modèle manuel, avec une manivelle ou une sangle. Comme ça, je ne serai jamais en panne d'huile de coude!