Si le Covid-19 suscite de l'inquiétude dans le monde, ce n'est pas de sa faute. C'est de celle des médias. Évidemment.

Depuis la fin d’année 2019 et l’annonce de l’OMS de la propagation d’un "nouveau" virus, le monde est en alerte. Beaucoup trop, selon pas mal de monde, et les coupables de toute cette agitation ont -comme d’habitude- été vite trouvés: les médias. On les accuse de trop en parler, de faire des gros titres pour vendre, d’attiser les peurs, d’inventer ou même, pour certains complotistes avisés, de faire diversion afin de passer sous silence d’autres informations... Une vraie série Netflix!

Des internautes ont d’ailleurs étayé leur propos paranoïaque en faisant circuler des images d’étiquettes de gel hydroalcoolique datant de 2017, indiquant leur efficacité contre le coronavirus. Ceci pour prouver que ce virus n’était pas si nouveau que ça… Voilà pourquoi on parle de "Covid-19" désormais, le coronavirus désignant en réalité une grande famille de virus plus ou moins graves, chose que l'on sait depuis longtemps. Bref, rien de neuf sous le soleil... Cette liste de reproches à l'égard des médias est non exhaustive et chacun a sa petite théorie bien rodée, qu'il (ou elle) répète à l'envi sur les réseaux sociaux, parfois par fainéantise intellectuelle, d’autres fois par vraies convictions.

TRUMP: "CE CHIFFRE EST FAUX, C'EST MON INTUITION"...

Ces derniers temps, nombreux sont les chefs d'État à organiser des réunions d’urgence afin de faire face à la menace. Des chercheurs sont convoqués en haut-lieux pour évoquer des pistes menant à un éventuel vaccin. En France, où des paliers d'épidémie ont été élaborés après la pandémie de H1N1, le stade 3 (le dernier) est sur le point d’être déclenché. Dimanche, 15 millions d’Italiens ont été placés en quarantaine par leur gouvernement!

On ne compte plus les événements culturels et sportifs affectés: le marathon de Paris (décalé à octobre), des matches de football professionnel joués à huis-clos (en Italie, en Ligue des champions avec Valence - Atalanta Bergame) ou reportés (comme Strasbourg – Paris-SG, samedi dernier). Des reportages de télévision, un festival de manga par ci, un festival de jeux vidéo par là… En Grande Région, des concerts (Gims et Wolf Paradea au Luxembourg, Matt Pokora à Amnéville) sont reportés, la Postlaf est d’ores et déjà annulée au Grand-Duché. Luxair a annulé des vols, des élèves restent confinés chez eux. La liste s’allonge chaque jour. Sur l’autoroute, les frontaliers français voient même défiler des messages de prévention sur les panneaux lumineux de l’A31…

Comment peut-on affirmer sérieusement, compte tenu de toutes ces décisions prises par les gouvernements, que ce sont les médias qui exagèrent et qui créent de la panique (comme le pense Donald Trump, le président des Etats-Unis) ?

Il y a enfin cette comparaison qu’on entend à longueur de journée. "La grippe tue plus que le coronavirus, mais ça, la presse n’en parle pas!" D'abord, je serais bien curieux de savoir par quel moyen les personnes affirmant cela ont obtenu cette information, si ce n’est par l’intermédiaire d’un média quel qu’il soit. Ensuite, comparer un chiffre annuel d’une maladie dont les conséquences sont connues, à une autre qui malheureusement est en train de se développer, ne me semble pas tenir la route, quand bien même la comparaison peut paraître pertinente à première vue. Enfin, les journalistes ne sont pas médecins. Il ne leur appartient pas de minimiser l’impact d’un nouveau virus puisqu'eux, comme personne d’autre, ne sait quel bilan sera tiré en fin d’année.

C’est un reproche assez classique que celui de nous accuser de détourner les yeux d’événements plus importants mais moins "vendeurs" (même quand on n'a rien à vendre). Lorsque l’on relaie des atrocités commises dans les abattoirs, on nous accuse de ne pas parler de la pêche intensive. Lorsque l'on parle de la pêche intensive, on nous reproche de ne pas parler du gavage des oies. Et ainsi de suite.

Dans pareil cas, les journalistes savent d’avance qu’ils vont endosser le rôle du bouc-émissaire parfait. S’ils en parlent, c’est forcément trop. S’ils n’en parlent pas, c’est louche. Dernièrement, il nous a été reproché de ne pas révéler l’endroit exact où vit la première personne infectée du Luxembourg… À l’inverse, on nous reproche d’écrire des articles annonçant les premiers infectés dans certains pays.

POURQUOI FAIT-IL PLUS PEUR QUE LA GRIPPE ?

Le secteur géographique que l'on couvre chez RTL 5minutes va du Luxembourg, naturellement, jusqu'au-delà des trois frontières, notamment celles avec la France et la Belgique. Nous savons aussi que nos lecteurs d’origine portugaise sont attentifs à ce qu'on écrit, dès lors que ça concerne leur pays de cœur, voire leur idole (un certain Cristiano…). Il est impossible, pour nous, de ne rien écrire quand un premier cas est détecté au Luxembourg. Connaissant notre lectorat, il est difficile, aussi, de ne pas traiter cette même information de manière identique quand cela touche un pays proche (géographiquement, ou du cœur) du Grand-Duché.

Pourquoi le Covid-19 fait-il plus peur que la grippe? Certainement parce qu’il est nouveau, qu’on sait d’où il vient (de la ville de Wuhan en Chine), qu’on le voit se rapprocher et arriver finalement dans nos contrées. Certainement car aucun traitement n’existe et n’a encore été trouvé. Certainement aussi car on a du mal à évaluer sa dangerosité. Des personnes en sont mortes, souvent des personnes d’un certain âge ou affaiblies. Mais pas seulement.

Dans notre rédaction, cela n’empêche pas de nous poser des questions sur le nombre d’articles que nous écrivons à ce sujet, sur ceux que l’on doit mettre en avant plus que d’autres. Il est important de s'interroger, de se protéger mais de ne pas paniquer. A l’heure où l’on considère que tout n’est que fake news et "putaclic", quand il est de notre devoir d’informer, il est certain que le dos des médias va continuer de s’élargir. Personnellement, on se rejoint au moins sur un souhait : que l’on passe vite à autre chose.