Plus écolo', plus puissante, plus large... Si ces critères sont parmi les plus demandés au moment d'investir dans un nouveau véhicule, la meilleure qualité que l'on peut attendre d'une voiture est bien d'être inutile.

Alors que mon collègue Romain Van Dyck écrivait la semaine passée sur la torture psychologique que représente le choix de motorisation d'un nouveau véhicule, je me suis décidé à lancer un pavé dans l̵a̵ ̵m̵a̵r̵e̵ le pare-brise: oui, la meilleure voiture est celle dont on n'a pas besoin.

Évidemment, je possède une auto mais je m'acharne, la plupart du temps, à la laisser au garage. Un choix mûrement réfléchi et qui m'a poussé à prendre quelques décisions: vivre en ville plutôt qu'à la campagne (de préférence près d'une gare), faire plusieurs passages au supermarché dans la semaine plutôt que de remplir à ras bord un caddie le samedi, s'équiper pour affronter le mauvais temps...

Des adaptations qui m'ont permis de rendre ma voiture globalement inutile et dont je suis récompensé par un moindre temps passé dans les bouchons, des passages moins fréquents à la pompe et l'absence de galère pour se garer le matin. Autant de raisons qui me font penser que je suis gagnant avec ce rythme de vie que tout le monde n'a pas la possibilité d'adopter.

INUTILE MAIS TOUJOURS INDISPENSABLE

Parce qu'au pays de l'auto, le service public n'est pas infaillible, parce que certains déplacements sont irréalisables sans ou tout simplement parce qu'elle est souvent plus pratique, la voiture cultive un gros paradoxe: elle peut être inutile mais il est presque indispensable d'en posséder une. Surtout quand on vit en zone péri-urbaine ou rurale, où les pouvoirs publics ont depuis longtemps laissé tomber l'idée de déplacer des personnes autrement que grâce à la voiture individuelle.

Aujourd'hui, ce déclassement est un des premiers moteurs des embouteillages qui nous étouffent. Comment espérer encourager les automobilistes à privilégier les transports en commun s'ils vont, au minimum, doubler leur temps de trajet? Ceux-là n'ont pas d'autre choix que de conduire. C'est d'autant plus injuste qu'ils sont les premiers à être pénalisés par les mesures anti-voitures prises par les villes et le gouvernement.

Difficile également d'accepter que la voiture est un investissement vain. Quoiqu'il arrive, elle perdra de la valeur. Comment envisager alors plusieurs milliers d'euros de dépenses si c'est pour devoir se résoudre à les laisser dormir au garage? C'est pourtant le meilleur usage qui pourrait en être fait. Nos villes n'ont pas été conçues pour la voiture individuelle, pas plus que nos infrastructures routières, saturées au possible. Et compte tenu de la politique de mobilité du pays, elles le seront de moins en moins. Il est donc plus que temps de choisir de rendre votre voiture inutile... Avant que vous n'y soyez forcé.