Madame Neige, vous avez vraiment un cœur de glace. En novembre, vous m'aviez fait croire que vous étiez enfin de retour. De la neige en novembre, n'était-ce pas le présage d'un hiver digne de ce nom?

Hélas. depuis des semaines, c'est la douche froide. Regardez ces prévisions météo pour la semaine à venir:

Le pire, c'est ce sale petit vicieux de flocon prévu pour samedi, entre deux gouttes d'eau. La neige fondue, c'est le comble du sadisme. / © la chaîne météo

De la pluie, de la pluie, de la pluie! Et regardez ces températures. On frôle les 10°C en plein cœur de l'hiver.

Donc une pensée, d'abord, pour tous les gamins qui attendent désespérément son retour. Les voici privés une fois encore des joies des weekends sous la neige, des batailles au coin de la rue, de l'excitation d'une pente dévalée à la luge, de la magie des cristaux de glace observés au microscope, ou du simple spectacle sensoriel d'une marche dans une épaisse poudreuse... Dans nos régions, l'hiver est plus qu'une saison, c'est un voyage dans une autre dimension. La pluie qui tombe en hiver fait fondre les rêveries des (grands) enfants.

Mes pensées vont aussi à la nature, notre nature, celle de notre territoire, façonné depuis des siècles par ce rendez-vous hivernal. L'hiver a fait germer des paysages, des écosystèmes, des terroirs et des traditions... Sans ce manteau hivernal, les plantes bourgeonnent précocement, les insectes ravageurs prolifèrent, les allergiques toussent toujours plus tôt, et il paraît que même la raclette a moins bon goût... Et on oublie que la neige est un allié majeur des nappes phréatiques: elle permet à l'eau de s'infiltrer en profondeur tandis que la pluie ne fait que ruisseler en surface. Faudra-il encore fermer le robinet cet été?

Soyons honnête, dans nos régions la météo fait rarement rêver. On ne croise pas souvent des étrangers claironnant "si si, je suis venu ici pour le climat!". Pourtant, je l'aime ce climat. Du moins, pour sa diversité: faut que ça gèle en hiver, que ça carbure en été, que ça explose de couleurs en automne et que ça foisonne d'odeurs au printemps. Mais de plus en plus, j'ai l'impression qu'on passe de 4 à 2 saisons: la saison moche (froid, grisaille et pluie) et la saison des ennuis pour les pompiers (tempête, sécheresse et canicule).

J'ai bien conscience que l'hiver n'est pas fini. Tout comme j'ai conscience que beaucoup se réjouissent de cette accalmie hivernale. Après tout, ce n'est pas si mal de manger des glaces en terrasse en octobre, d'éviter la pagaille sur les routes au moindre centimètre de neige, de faire baisser les factures de chauffage, etc. Mais pas sûr que ces lots de consolation nous fassent vraiment gagner au change(ment climatique).

Depuis que je suis gosse, je me moque des anciens et leur sempiternel "y'a pu de saison". Je dois avouer que ça me fait moins rire ces temps-ci!