Ou comment le lever de coude devient un enjeu économique avant un problème sanitaire.

"Janvier sobre", "Janvier sec" ou "Dry January"... Appelez-le comme vous voulez, mais une fois la soirée du Nouvel An passée, vous connaîtrez peut-être quelqu'un qui tentera de renoncer à l'alcool durant le premier mois de 2020.

Perte de poids, meilleure mine, fatigue réduite, foie apaisé, porte-monnaie revigoré et consommation annuelle en baisse... Les chercheurs britanniques ayant étudié le phénomène assurent que ce mois de sobriété apporte de multiples bienfaits à votre corps et votre esprit. À condition de jouer le jeu. Ce que l'État français a, par exemple, choisi de ne pas faire en laissant les associations promouvoir seules ce défi bon pour la santé. Mais passons.

VOUS TRINQUEZ, ILS ENCAISSENT

Le défi a pris de l'ampleur depuis son lancement en 2013 au Royaume-Uni. Jusqu'à s'exporter dans une bonne partie de l'Europe de l'ouest et à véritablement percer en 2019. C'est d'ailleurs ce qui provoque aujourd'hui un vrai retour de flammes.

Quitte à promouvoir notre amour de la bouteille, certains (lobbys, producteurs, élus...) n'hésitent pas à toucher le fond en plaçant l'argument des ventes devant celui de la prévention. Et accusent ceux qui s'essaient au Dry January d'adopter une "position extrémiste". Je ne plaisante pas, des professionnels du secteur, qui ont de l'argent et une activité en jeu, ont vraiment utilisé ce terme. Que dire alors de ceux qui ont choisi de s'appliquer cette hygiène de vie toute l'année? Aux anciens alcooliques? Aux sportifs de haut niveau? À ceux qui n'aiment simplement pas boire? On leur accole le même qualificatif que des tueurs de masse.

N'en déplaise à ceux gagnent leur vie en vendant des bouteilles, des centaines voire des milliers de personnes tenteront pendant un mois de devenir de dangereux extrémistes armés d'un foie en bon état. Enrôlés non pas par une propagande mortifère mais une étude démontrant les effets positifs de cette courte période de sobriété.

© Kelsey Knight / Unsplash

Le marché a pour grande force de vite repérer ses prédateurs. Si celui qui ne consomme pas est inutile, ce qui le pousse à ne pas consommer est économiquement dangereux. Quand bien même il s'agit justement de prendre soin de soi.

Les principaux défenseurs des produits alcoolisés crient déjà à l'excès d'hygiène, au "On ne peut plus rien faire comme on veut", à la mort du terroir et des traditions. Ils généralisent par l'absurde, en agitant le spectre de restaurants déserts et de bars à l'abandon. Et surtout, ils manient savamment l'amalgame, réorientant le débat sur le supposé alcoolisme galopant des jeunes, les sodas ou le fast food. Le tout car, justement, le "Dry January" ne vise pas ceux qui pratiquent le "binge drinking (boire beaucoup en très peu de temps) mais est davantage tourné vers des consommateurs modérés et réguliers. Ceux-là même qui peuvent s'offrir plusieurs sorties hebdomadaires au restaurant ou au bar, des buveurs constants et avisés (mais bien peu avinés). Bref, leur clientèle préférée. Il pourrait y avoir des conséquences économiques dramatiques si ce genre de campagne venait à se généraliser ou à se renforcer" se justifie sans détour le maire d’Épernay (où le champagne est roi) sur France 3.

À votre santé, mesdames, messieurs, pensez donc à leur porte-monnaie, vous vous occuperez de votre santé plus tard !

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