Si vous avez des fruits et du scotch chez vous, vous êtes peut-être un artiste qui s'ignore.

"L'art contemporain est-il une imposture ?" À chaque œuvre "bidon", la question revient dans les médias et dans les conversations entre amis et "spécialistes". Et pour alimenter toutes ces discussions, la planète ne manque pas de génies. Vous avez sans doute vu passer la dernière œuvre en date: cette banane scotchée à l'un des murs de l'exposition Art Basel à Miami Beach, il y a une dizaine de jours. Celle-ci avait été vendue 120.000 dollars avant d'être dévorée par un autre artiste, venu faire son buzz lui-aussi.

Ce fruit accroché au mur est l'œuvre de l'Italien Maurizio Cattelan, qui aime décidément bien scotcher des choses. Enfin des choses... En 1999, c'est le marchand d’art Massimo De Carlo qui s'était retrouvé fixé à une cloison pour avoir osé vendre à 2 millions de dollars l'œuvre du même artiste italien baptisée "La Nona Ora", laquelle représentait le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite. En fait, Maurizio Cattelan et sa banane ne sont pas les meilleurs exemples pour illustrer l'imposture que constitue parfois l'art contemporain. Justement parce que le but de ses oeuvres absurdes est de dénoncer l'hypocrisie ambiante et donc de se moquer du monde de l'art.

Dans son livre "Les mirages de l'Art contemporain", Christine Sourgins estime que le but de l'art contemporain n'est pas de susciter une émotion esthétique mais d'alimenter le jeu de la spéculation au sein d'un réseau. Pas besoin, pour cela, de créer des œuvres très complexes: il suffit d'être soutenu par plusieurs spécialistes autoproclamés, comme des critiques et des collectionneurs. D'où des prix qui s'envolent pour des créations banales devant lesquels certains s'extasient.

Pour en revenir à Maurizio Cattelan, connu pour ses nombreux coups artistico-médiatiques, il a notamment ouvert une galerie à New York, la "Wrong Gallery", qui reste toujours fermée et où rien ne se vend; ainsi que la Fondation Oblomov, qui permet à un artiste de vivre pendant un an à condition de ne rien exposer. Et effectivement, parfois, ce serait mieux.

On pense par exemple au plug anal... euh pardon, à l'arbre gonflable ("Tree") de l'artiste transgressif Paul McCarthy installée Place Vendôme à Paris, en 2014. Vandalisée à plusieurs reprises, il avait finalement été dégonflé définitivement. L'artiste s'était déjà distingué par sa crotte de chien géante et gonflable, baptisée "Complex shit", exposée à Berne en 2008. Celle-ci avait été emportée par une tempête, cassant une ligne électrique et des vitres sur son passage... Le thème du monochrome est aussi idéal pour encaisser un max de monnaie en balançant un pot de peinture sur une toile.

La puissance de ces "merdes" relève plus souvent du regard ultra fantasmé qu'on leur porte qu'à l'œuvre elle-même. Des articles décapants de Vice, que vous pouvez contempler et , l'expriment ainsi avec pas mal d'humour.

D'ailleurs, peut-être vous souvenez-vous de ce canular génial d'un journaliste suédois Ake "Dacke" Axelsson, qui avait trompé au début des années 60 des critiques d'art (abstrait, pour le coup) en leur demandant d'analyser les toiles d'un certain Pierre Brassau.

"Brassau peint avec des traits puissants, mais aussi avec une détermination claire. Ses coups de pinceaux s’accompagnent d’une furieuse méticulosité. Pierre est un artiste qui compose avec la grâce d’un danseur de ballet." En réalité, Pierre Brassau était un chimpanzé.

Comme quoi, les crétins (vous savez, ceux qui ne comprennent rien à la profondeur d'une œuvre), ne sont pas toujours du côté que l'on croit.

Mystery is in the toilet, sur un monochrome gris. Prix de vente: 200.000€ (contactez l'auteur de cet édito si vous êtes intéressé). / © Raphaël Ferber/RTL 5minutes