Au Luxembourg, on ouvre beaucoup de magasins… mais on en ferme aussi! Et si on parlait un peu plus des oubliés du consumérisme, interroge l’ancienne ministre Erna Hennicot-Schoepges.

Il semble que les responsables politiques ne se rendent plus compte de la vie des citoyens et des conséquences de leurs décisions. Bref, qu'ils vivent sur une autre planète. Les magasins ferment à Esch sur Alzette et à Luxembourg, alors que les grandes surfaces font le plein, me dit-on, avec les clients de la Grande Région! Exemple avec le projet de Gasperich où l'on mise sur l'offre de marques non présentes de l'autre côté de la frontière...

À Esch-sur-Alzette on épingle le pouvoir d'achat des citoyens qui est seulement à 89% de la moyenne nationale. Ne s'agirait-il pas plutôt de la hausse du coût de la vie, bien agencée par les diverses décisions politiques: relèvement de la TVA, des impôts sur les salaires, du prix de l'essence, des prix exorbitants des loyers, de l'abaissement des allocations familiales, et j'en passe?

Sans parler des bas salaires dans les entreprises, qui empêchent les jeunes sortis de leurs universités à démarrer correctement dans la vie professionnelle, sans l'aide de leurs familles. Les caisses de l’État, renflouées par tous ces relèvements, se vident à financer les chantiers boulimiques entamés sans égards ni organisation et parfois même sans l'ombre d'une nécessité -immédiate- bien prouvée... tel un souterrain pour une piste cyclable en pleine nature dans la forêt de Bridel.

LA GALÈRE DU COMMERCE LOCAL

Oui, le nombre de milliardaires vivant au Luxembourg a augmenté et les salaires de la fonction publique sont les intouchables de la coalition Gambia (DP, LSAP, Gréng). Mais la clientèle des Galeries Lafayette n'est certainement pas celle des bas salaires et des revenus minimaux. Un tourisme en provenance de Chine, avide des grandes marques européennes, fera lui le plein en vidant les rayons en quelques heures. Mais ce n'est pas la clientèle de tous les magasins qui ferment!

Et le commerce local? Le trop-plein de grandes surfaces l'a fait disparaître, se ravitailler en proximité est devenu impossible, à l'exception de quelques essais en zone rurale.

Le consumérisme est d'ailleurs un sujet non encore abordé dans le cadre du débat sur le changement climatique. Le politologue Marcel Gauchet dans son ouvrage "Le nouveau monde" mentionne un réseau de citoyens qui se sont engagés à ne rien acheter, mais à utiliser leurs anciens vêtements, à faire réparer les machines et à se partager leurs lessiveuses. L’économie circulaire, pratiquée à petite échelle par les citoyens, est un beau projet pour le débat sur le climat. C'est une réponse aux grandes surfaces promues par les décideurs politiques, voire une revanche du citoyen lambda contre le gaspillage tous azimut.