En se montrant fermé à une éventuelle application de la rétrocession fiscale à l'Allemagne et la France, Xavier Bettel marque des points sur la scène nationale. L'Histoire lui donnera-t-elle raison?

Non, c'est non. Pour l'instant, Xavier Bettel tient bon face aux nombreuses voix qui s'élèvent aux frontières pour inciter le Luxembourg à redonner un peu de ses recettes fiscales pour compenser le coût des frontaliers.

Si le système, baptisé "fonds Juncker-Reynders" est déjà en vigueur depuis dix-sept ans entre la Belgique et le Luxembourg, l'Allemagne et la France n'y ont toujours pas droit. Et les deux voisins commencent à s'impatienter, comme en témoignent les appels du pied de Dominique Gros ou la lettre commune de Metz, Trèves et Bitbourg. Même le Conseil de l'Europe, dont les avis ne sont que des recommandations, encourage le Luxembourg à rendre une partie de l'impôt des frontaliers à leur pays de résidence. Des avis dont Xavier Bettel se passerait bien, et qu'il ne souhaite d'ailleurs pas prendre en compte pour le moment.

LES "DÉCOS DE NOËL", LA PUNCHLINE QUI A FAIT MOUCHE

Le Premier ministre avait déjà marqué les esprits lors de la visite de la délégation luxembourgeoise à Paris en mars 2018, avec cette petite phrase qui n'est pas passée inaperçue sur l'antenne de RTL France: "Je n'ai pas envie de payer la décoration de Noël d'un maire" lâchait-il à Marc-Olivier Fogiel, qui l'interrogeait sur ce retour de liquidités.

Une petite phrase typique de ce que les hommes et femmes politiques aiment dégainer pour appuyer leurs propos. En quelques secondes, Xavier Bettel a rappelé que le Luxembourg se pose en modèle de pragmatisme, d'efficacité et de rationalisation, quand les voisins - ici les Français - sont davantage perçus comme de mauvais gestionnaires, pas assez avisés pour bien dépenser cet argent. Sa phrase est restée, Bettel a mis dans le mille. Au point même d'occulter, notamment au Luxembourg, que de nombreuses communes voisines ont d'abord du mal à financer des écoles et des infrastructures très utilisées par les frontaliers mais auxquelles ils ne contribuent pas totalement puisque leur impôt est prélevé au Grand-Duché.

Politiquement, sur la scène nationale, résister à ces appels du pied incessants est un très bon coup pour Xavier Bettel. Lui, le libéral qui dit avoir "le coeur à gauche mais le portefeuille à droite" sait comment entrer dans le coeur de ses électeurs: il suffit parfois de prendre soin de son portefeuille. Sa ténacité sur ce dossier le rend particulièrement visible et apprécié auprès des Luxembourgeois, qui sont nombreux à partager son opinion. "Nous créons des emplois, nous créons des transferts sociaux, nous créons des retraites, nous créons une dynamique dans la région qui est très importante. Voilà pourquoi, donner le sentiment que l'on souffre quand on a le Luxembourg pour voisin, est pour moi, inacceptable" a rétorqué Xavier Bettel en début de mois après une entrevue avec le gouvernement de la Rhénanie-Palatinat. Traduction: on vous tend la main, ne nous prenez pas tout le bras.

Sa proximité politique avec Emmanuel Macron et Angela Merkel, des interlocuteurs incontournables pour obtenir un accord de rétrocession fiscale, lui assure aussi une certaine tranquillité. Surtout que ces deux-là arriveront en fin de mandat juste avant Xavier Bettel, en 2021 et 2022. Reste à déterminer si cette résolution - ou cet entêtement - n'est pas néfaste pour l'image du Grand-Duché, surtout auprès de ses voisins.