Bio, local, fairtrade, saisonnier, en vrac... pour qui veut consommer de manière responsable au quotidien, faire ses courses relève d’un véritable casse-tête face à des injonctions souvent contradictoires.

L’alimentation est l’un des domaines qui a l’impact environnemental les plus forts. En effet, pour produire de la nourriture, il faut des terres, sur lesquelles on utilise bien souvent des engrais, des pesticides, des herbicides ou encore des fongicides. Il faut des machines pour faire les récoltes, des véhicules pour transporter la nourriture. Des emballages et du froid pour la conserver. Et des humains à chaque étape, plus ou moins bien traités et rémunérés pour leur travail. Au total, certaines études estiment que le secteur alimentaire (toute la chaîne) pourrait représenter jusqu'à un quart des émissions de gaz à effet de serre humaines.

On prend tous progressivement conscience de l’impact de notre consommation quotidienne, sur l’environnement, sur l’économie, sur la société et sur notre santé. Les médias regorgent de bons conseils pour mieux acheter, mieux jeter, mieux consommer et être donc plus responsables dans notre consommation.

Moins de produits carnés, moins d’emballages, plus de bio, plus de local: on a bien compris la théorie. Mais quand il s’agit de passer à la pratique, c’est une autre paire de manches car ces injonctions sont souvent contradictoires. Entre des fraises bio venant du Pérou et des fraises luxembourgeoises issues d’une agriculture conventionnelle, je choisis quoi? Entre du vin chilien fairtrade et du vin français, je calcule comment le bilan carbone? Pour me passer de viande, je peux manger des avocats mexicains?

Si on place la protection de l’environnement en tête, si on choisit la santé d’abord, ou encore si l’on se soucie de l’emploi et de l’aspect social, on aura des démarches de consommation responsable très différentes et difficilement conciliables.

C’est d’autant plus complexe que les pistes sont brouillées par le marketing et la puissance des grands groupes de l’industrie agro-alimentaire qui pratiquent le greenwashing (ou écoblanchiment pour la version francophone) et ne se gênent pas pour asséner des labels, mentions et formules pour vanter les divers bienfaits de leurs produits.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut rien faire et baisser les bras. En premier lieu: consommer mieux, c’est consommer moins. Réfléchir avant chaque achat pour en mesurer la pertinence, c’est aussi faire l’économie de produits au marketing bien calculé dont on peut se passer.

L’information est aussi un outil indispensable pour être plus responsable: on lit les étiquettes, on regarde les provenances, on décrypte les labels, on évite les (sur)emballages. Certaines applications pour smartphone font une partie du travail en nous mettant en garde contre les additifs et en mesurant la qualité nutritionnelle. Et certains sites calculent le bilan carbone ou social de ce qu’ils vendent.

On essayera, en fonction de ce qui existe autour de nous, de se passer de la grande distribution et des grands groupes industriels en allant directement chez le producteur, auprès d’une Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ou d’un réseau de distribution alternatif, voire en créant son propre potager.

Cela suppose de se passer de produits "exotiques" (avocat, bananes, ananas et autres mangues), de se focaliser sur la saison (exit les tomates ou les fraises en hiver) et de prendre le temps de cuisiner.

Cela veut dire devenir un consom-acteur.