Combien de personnes peut-on entasser dans un appartement? Les transformations en dortoirs rentables inquiètent.

Aux acheteurs d’appartements, j’ai adressé il y a quelques semaines un avertissement quant aux problèmes qui peuvent surgir avant la remise de clés et lors de l’installation. Il ne suffit cependant pas seulement de bien contrôler les promesses du promoteur et les livraisons des fournisseurs. Un nouveau hic commence à surgir: celui de la transformation d’appartements familiaux prévus avec deux ou trois chambres en lofts multi-chambres. Explications.

Vous pensiez avoir la conscience tranquille et résolu tous les problèmes de cohabitation. Dans l’immeuble de votre choix, dans lequel vous êtes enfin installés, vous comptiez passer un avenir paisible pendant quelques années, dans le meilleur des cas jusqu'à la fin de vos jours. Mais on vient de démolir la villa qui jouxtait à votre building et voilà qu‘un premier pépin fait surface. Le maître d’œuvre de ce building ainsi que son promoteur vous invitent à la patience en venant expliquer que, non seulement il va y avoir du bruit pendant les travaux, mais qu’on va creuser jusqu’à 8m de profondeur. On fera en sorte de ne pas mettre votre immeuble en danger lors des excavations ou lors des travaux d'isolation entre les deux maisons. Un expert viendra sur place pour constater l’état de votre nouveau royaume avant les travaux, un assureur sera chargé de bien vous couvrir en cas de dommages.

Comme si cette inquiétude ne suffisait pas, vous apprenez par une des copropriétaires en rage, qu’un des acquéreurs de votre propre immeuble vient de changer les plans initiaux des appartements dont il est propriétaire (oui, un seul ne lui a pas suffi, et comme tous les gens qui ont quelques biens, il préfère fructifier son avoir dans l’immobilier que de le donner à une banque) pour ajouter des cloisons et transformer le tout en dortoir pour "invités de passage".

Il parait que le service de l'Architecture de la commune lui a donné l’autorisation. La commune n’a bien sûr aucune objection à ce qu’on ajoute des chambres: avec l’augmentation en flèche du nombre d’habitants et de travailleurs en ville, l’espace vient à manquer et des lits supplémentaires sont toujours les bienvenus.

Ma préoccupation est de savoir qui sont les gens qui se répartiront un appartement constitué uniquement  de chambres à coucher, avec, je présume, une kitchenette commune et des salles-douche et toilettes à partager?

Il y a des étudiants, dit-on. Sans doute, une chambre pouvant être facturée jusqu'à 800 euros par mois, ce sera du luxe pour certains jeunes prétendants au diplôme. La cible plus intéressante est celle des employés œuvrant chez un des "Big Four" qui restent souvent peu de temps en poste et pour qui une chambre confortable suffira sur le court terme. D'autant que le loyer fera moins mal à leur portefeuille qu’un appartement qu’ils ne verront de toute façon que de nuit pour quelques heures de sommeil, grand nombre d’entre eux repartant dans leurs pénates le week-end.

Oui, mais.

Qui garantit, dans le brouhaha des montées et descentes jusqu'au dernier étage où ils s’entasseront, qu’il n’y aura pas aussi des contrats du genre Air B&B, voire des péripatéticien(ne)s ou des dealers de luxe? Cela ne sont que des suppositions ou angoisses de paranos, répondra sans doute l’acquéreur des lieux. Qui voit déjà les euros tomber facilement dans sa cagnotte et vous rit au nez lorsque vous lui demandez de se justifier. En prétendant qu’il fait de son lieu ce qu’il veut. Avec les compliments des services communaux. C’est aussi simple que cela. Vous êtes encore en train de digérer la première note d’avocat tombée lors de votre installation que vous vous voyez obligé, avec l’aide des autres copropriétaires, de refaire appel à un autre spécialiste en droit. Dans ce sens, au moins pour l’avenir des avocats, on ne s’en fait pas.