Comme chaque année, les traditionnels concours de miss auront bientôt lieu un peu partout dans le monde. Au secours.

"Je demande l’annulation de Miss France". Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec Geneviève de Fontenay même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. L’ancienne présidente du comité miss France, qui avait claqué la porte de l’organisation en 2010 à la suite de photos trash d’une candidate, est cette fois "scandalisée" à l’idée que Miss Lorraine défile dans une tenue de Poilu, lors de l’élection pour le titre tant convoité et si important de femme la plus belle du pays, en décembre prochain.

Pour elle, il s’agit d’une "insulte pour la mémoire de tous ceux qui sont morts pour la France." Pour moi, ces concours sont surtout une insulte pour toutes les femmes. Et ce n’est pas parce que certains jurys ont été, et seront certainement encore au coup par coup, composés exclusivement de femmes (comme l’an dernier, toujours en France), qu’il en sera moins sexiste.

"Quoi de mieux que des femmes pour juger des femmes?" avait demandé Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France. Eh ben, personne, ce serait bien mieux. L’époque où l’on réduit une femme à un objet de décoration (mais qui parle, une sorte de Google Home, finalement…) devrait être révolue depuis bien longtemps. Que l’on souligne le niveau d’études de chacune des candidates ou que l’on énumère leurs diplômes, avec plus ou moins d’honnêteté, n’est que pure hypocrisie. Peu importe d’ailleurs que toutes ces qualifications soient exagérées ou pas. L’idée reste de faire défiler des jeunes femmes en maillot de bain et de les juger avant tout pour leur plastique. On ne demande pas à une candidate d'une école d'ingénieurs d’enfiler un bikini, juste pour voir…

Ce n’est pas nouveau, cette quête vers la beauté suprême entraîne souvent des comportements malheureux. Le dernier exemple en date concerne les candidates belges, parties en Égypte pour se prêter à des séances photos et vidéos, afin de préparer le concours de Miss programmé en janvier. Selon une envoyée spéciale du groupe Sud Presse, certaines ont décidé "de ne pas manger pour garder un ventre plat" et de boire assez peu afin de "ne pas être ballonnées sur les photos". Résultat, elles sont tombées malades. Selon l’organisation, qui se garderait de toute façon bien de confirmer ces comportements, ces troubles intestinaux seraient seulement dus à la consommation d’eau du robinet sur place.

Que véhiculent ce type de concours depuis de nombreuses années, hormis le fait qu’il faut être belle, avoir les bonnes mensurations et savoir marcher en talons hauts pour s’estimer soi-même et s’attirer la reconnaissance des autres ?

Que véhiculent-t-ils, hormis l’idée que le succès professionnel passe par la beauté, celle-ci opérant comme un coupe-fil vers des emplois que d’autres mériteraient uniquement au regard de leurs compétences ? (Ces naïves!)

Difficile de s’étonner ensuite que d’autres femmes collectionnent les complexes et multiplient les régimes, peu aidées aussi, il est vrai, par les couvertures des magazines féminins. Le lourd héritage du patriarcat y est pour beaucoup. Mais il a parfois le dos large. Pour que ces concours disparaissent, il s’agirait aussi d’apprendre à nourrir son narcissisme autrement qu’à travers son reflet dans un miroir et le regard des autres… Et ça, ce n'est peut-être pas gagné.