Outre des mesures de répartition, un service obligatoire pourrait souder une société de plus en plus inégalitaire.

La cohésion sociale souffre. Le risque de pauvreté augmentait les dernières années avant de se stabiliser selon le Statec. Cependant, les inégalités augmentent encore. Pour y répondre il faut revoir et améliorer la fiscalité, notamment en ce qui concerne la propriété immobilisée. Mais il faut également introduire un service universel obligatoire.

Ce service devrait être d’intérêt commun et non militaire. L’idée, un peu comme en France, serait d’engager tout résident – qui remplit les conditions physiques et psychologiques - âgé entre 19 et 24 ans par exemple pour une période de 6 mois à un an par exemple. Donc soit après les études secondaires, soit après les études universitaires, soit entre les deux. Les jeunes engagés seraient partiellement hébergés collectivement, de manière décentralisée en fonction des services. Plutôt que d’apprendre aux jeunes de tuer, ils apprendraient d’autres qualités également instruites à l’armée telles que le secours, l’aide ou l’accompagnement de personnes en détresse.

© Shutterstock/image d'illustration

Au Luxembourg aussi la population âgée de plus de 65 ans va augmenter au cours des prochaines années et décennies. Les jeunes engagés pourraient leur tenir compagnie. Les clubs et associations peinent à trouver des volontaires. Les jeunes engagés pourraient les soutenir. Nous souhaitons renforcer l’artisanat et les compétences digitales. Outre l’école classique, le service universel pourrait proposer des apprentissages complémentaires. Les catastrophes naturelles vont – au mieux – se répéter. Les jeunes engagés pourraient être déployées aux côtés des services de secours et de l’armée.

MÉLANGER LES CLASSES

Le service universel permettrait de rattraper là ou l’éducation nationale échoue : rassembler les jeunes. Au Luxembourg les uns vont au lycée classique, les autres au lycée technique. Les uns vont à la fac, les autres non. Des parts entières de la société se rencontrent à peine. Par ailleurs, on déplore actuellement – selon l’appartenance à tel ou tel camp – que les autres sont de plus en plus "facho" ou à l’inverse des "bien-pensants" arrogants. Selon l’étude "Shell 2019" de plus en plus jeunes se soucient en effet davantage de l’environnement, mais en même temps ils sont de plus en plus nombreux à succomber aux populismes et théories de conspiration. Le service universel leur permettrait à tous de débattre de ces sujets complexes ensemble.

Organiser et financer un tel service n’est certes facile. Les jeunes engagés seraient partiellement logés-nourris et payés. Mais que personne ne dise qu’il serait impossible, car après tout, le service militaire obligatoire existait jusqu’en 1967.

D’ailleurs, interrogées, des personnes qui ont fait le service militaire obligatoire fournissent des réponses intéressantes. Les uns y sont favorables, car ils y auraient appris quelque chose ou rencontré des gens de classes différentes qu’ils n’auraient jamais rencontrées autrement. Un millionnaire autrichien disait que son service était le seul moment de sa vie où il rencontrait des personnes pauvres. Deux finlandais s’y opposaient mais admettaient qu’ils y étaient devenus amis. Un ancien ministre estimait que son service militaire était horrible, car il y passait son quotidien avec des gens à qui il devait apprendre à lire et à écrire. Eh bien, justement !