Encore connu pour être le paradis fiscal de certaines drogues légales, comme l'alcool et le tabac, le Luxembourg aurait beaucoup à gagner à taxer plus sévèrement ces produits.

Saviez-vous pourquoi les tarifs appliqués sur l'alcool et le tabac sont plutôt faibles au Luxembourg? C'est parce qu'ils sont assez peu taxés. Pour être précis, ils sont frappés de droits d'accise - un impôt dont le montant varie selon la nature du produit visé - souvent inférieurs à ceux pratiqués par les pays voisins.

Évidemment, l'Union européenne joue un rôle dans leur calcul, et fixe des taux minimum à appliquer. Minimum seulement, ce qui laisse à tous les pays la liberté de taxer davantage certains produits... Et permet au Luxembourg de faire de l'oeil aux consommateurs des pays voisins en créant des différences de prix avec les marchés frontaliers.

Ainsi, l'Europe ne fixe pas de montant minimal pour la taxation du vin. Ses membres sont donc libres de fixer la valeur de l'accise à partir de 0€. La France, grande nation viticole et soucieuse de défendre son patrimoine devenu fleuron économique, a choisi d'appliquer des droits d'accises de 3,82€/hectolitre (soit 100 litres) pour les vins "tranquilles" (ceux qui ne font pas de bulles) et 9,44€/hl pour les vins mousseux. Des montants déjà jugés faibles. Le Luxembourg, qui a aussi un secteur viticole à défendre, a lui choisi d'appliquer des droits d'accise de... 0€ ! Allons plus loin. Pour les alcools forts, l'Europe a choisi une taxation minimale de 550€ pour 100 litres d'alcool pur, contre 1.041,1528€ au Luxembourg, 1.758,45 € en France, et près de 3.000€ en Belgique. Le tabac? L'accise est décomposée en trois parties par l'UE, avec notamment un minimum de perception de 90€ pour 1.000 pièces. Le Luxembourg applique 116€, la Belgique 188,5750€ et la France 261€.

Des écarts qui, additionnés à d'autres taxes, ont créé des écarts de prix de plusieurs euros par bouteilles ou par paquets vendus, poussant de nombreux résidents des pays voisins à régulièrement franchir la frontière pour faire de bonnes affaires. Le Luxembourg a-t-il donc un faible pour les produits nocifs mais légaux? Si l'on comprend sa volonté de ne pas bousculer un marché qui lui rapporte beaucoup (en termes de recettes fiscales), ne devrait-il pas tenir compte de leur coût caché à long terme? Des dégâts du tabagisme passif? Des problèmes auxquels l'alcool contribue? La santé de tous ne doit-elle pas passer avant les bons comptes du Grand-Duché?

Les premiers concernés, les consommateurs, rétorqueront avec aisance qu'en tant qu'adultes, ils sont libres de consommer ce qui leur plaît. Ils ont bien raison, et de toute façon, il ne s'agit pas d'interdire ces produits, mais bien d'en dissuader la consommation. De faire cesser cet appel du pied vers les consommateurs voisins. Et, au passage, d'arracher au Grand-Duché cette image de pays conciliant avec des produits qui ne nous font pas forcément de bien.