Mobilisés depuis la rentrée, les jeunes activistes pro-environnement doivent avoir les oreilles qui sifflent à force de recevoir des critiques sans fond.

Flashback. Nous sommes le vendredi 20 septembre, je suis chargé de couvrir la manifestation de rentrée de "Youth for Climate Luxembourg". Après avoir commenté en direct la déroulement du rassemblement et suivi le cortège jusqu'à la Kinnekswiss, je quitte les lieux vers 14h, alors que les jeunes sont toujours rassemblés. Il est temps de regagner la rédaction et d'écrire un "papier" sur cette journée de mobilisation.

Dans le bus, je tombe sur plusieurs témoins de la manifestation. Certains sont parents, et leurs enfants ont participé à la marche, ce qui les amène à partager leur avis sur l'engagement des étudiants. Je tends l'oreille, intrigué: "Franchement les jeunes là, ok ils manifestent pour le climat, mais ils ont l'air bien contents de ne pas aller en classe" lance une mère de famille. "Ils feraient mieux d'aller à l'école plutôt que de manifester" surenchérit un autre, insistant sur l'importance des études. Le petit groupe quitte finalement le bus, continuant de déblatérer sur l'engagement de leur progéniture.

Sur les réseaux sociaux, que je consulte après l'événement, certains commentaires sont du même acabit. "Qu'ils commencent à aller en vélo à l'école", "pas de smartphone avant 18 ans", "ils feront la même chose que leurs parents, surconsommer...", "on ne les verra jamais manifester un samedi ou pendant les vacances scolaires", "la moitié des élèves feront acte de présence une petite heure et iront au bistrot picoler". Autant de petites critiques qui s'accumulent sous les nombreux articles relatant la mobilisation.

LA BÊTISE, ÇA MARCHE À TOUS LES COUPS

Rassurez-vous, les jeunes présents ce jour-là ont bien fait leurs devoirs. La manifestation était pacifique, leurs arguments étaient préparés avec soin et le parc n'a pas été souillé, contrairement à ce qu'une photo détournée suggérait.

Quand le fond du sujet est solide, il ne reste que la forme pour déverser son ignorance. C'est bien ce à quoi les détracteurs de Youth for Climate Luxembourg se sont employés. Ont-ils eux même oublié leurs jeunes années? Étaient-ils d'ailleurs d'irréprochables premiers de la classe, n'ayant jamais fait l'école buissonnière pour des motifs bien moins honorables? À l'heure où l'on vante les années de césure, les voyages qui font découvrir de nouvelles cultures et l'impératif d'apprendre à devenir des citoyens et à défendre une cause, aucun doute, ces deux journées passées dans les rues ne devraient pas ruiner l'avenir de ces jeunes.

C'est là toute la fourberie de ces pensées (qui ne le sont pas): tout est bon pour dénigrer une cause. Quitte à recourir aux raisonnements les plus absurdes. "Vous voulez empêcher un effondrement climatique? Mais regardez, vous avez un smartphone, ce n'est pas écolo." "L'élevage est un des secteurs qui émet le plus de gaz à effet de serre? Mangez donc de l'herbe comme les vegans, vous n'aurez plus la force d'avoir des regrets quand vous serez carencés." Si je ne rapporte pas mot à mot ces deux derniers messages, la caricature tend à (tristement) rattraper la réalité. Les grands sujets de société, ou ici environnementaux, ont prouvé une chose: avec la masse de désinformation disponible en ligne, et des réseaux sociaux qui permettent à n'importe qui de raconter n'importe quoi, il n'y a pas besoin de tomber bien bas pour adopter un discours sans fond.

Un discours d'autant plus hypocrite que prendre le temps d'écouter ces jeunes permet de comprendre qu'ils ne demandent pas aux simples citoyens de se priver ni de revenir à l'âge de pierre, mais à toute une société de se remettre en question. Cela implique un recul des comportements "climaticides" de M. et Mme Tout-le-Monde (certains indicateurs sont au vert au Luxembourg), une production plus propre dans le monde de l'entreprise et des mesures politiques courageuses et contraignantes de la part du gouvernement. Bref, tout le monde est invité à fournir l'effort dont il est capable. Ni plus, ni moins. Mais qui sait, pour certains, l'effort le plus utile à la société sera peut-être de tourner sept fois leurs pouces avant de lâcher des commentaires sur les réseaux sociaux.